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Fleury Di Nallo : Le Red Star, Montpellier et Loulou Nicollin (5/6)

Publié le 24 avril 2020 à 07:00:00
Fleury Di Nallo : Le Red Star, Montpellier et Loulou Nicollin (5/6)
Fleury Di Nallo est encore aujourd’hui, et pour longtemps, le meilleur buteur de l’histoire de l’Olympique Lyonnais, avec 222 buts inscrits en match officiel. Ces derniers jours, il a passé près de cinq heures au téléphone avec nous pour parler de la vie, de sa famille, de football et de lui. Dans ce cinquième épisode, Fleury quitte l’OL pour rejoindre le Red Star. Mais c’est à Montpellier qu’il renaît, avec son ami, Loulou Nicollin.

« En novembre 1974, vous avez quitté l’OL soudainement ? Que s’est-il passé ?

Ce départ, c’est une grosse connerie de ma part. Une vraie erreur. J’ai commencé la saison capitaine de l’OL et je me suis blessé. J’étais moins en forme. Après un match, au mois de novembre, Nicol (NDLR : Secrétaire Général) m’a dit que le Red Star me voulait. C’était un club de bas de tableau mais il y avait là-bas Magnusson (NDLR : Joueur mythique de l’Olympique de Marseille) et Combin. Franchement, j’y suis allé pour rejouer avec Nestor, dix ans après. Et puis, Magnusson était un incroyable artiste...oh là là (admiratif)... et un gars exceptionnel. Çà s’est fait très vite, je n’ai même pas négocié le salaire. J’ai signé trois ans aux mêmes conditions. Je n’ai rien gagné de plus. Je suis parti tout seul, j’ai laissé ma famille à Lyon. Sur le papier, on avait une triplette offensive d’enfer et un entraîneur très humain (NDLR : Marcel Tomazover). J’ai tout de suite marqué trois buts en cinq ou six matchs. Juste après la trêve de Noël, il y a eu un changement de coach et la première chose qui a été dite fut « Je ne vous ferai jamais jouer tous les trois ensemble, c’est impossible ! » Et, en effet, on n’a jamais joué tous les trois ensemble. A partir de là, ça a été un vrai calvaire. On nous a pris en grippe. L’OL avait dix ans d’avance en termes de structures. Il n’y avait pas d’installations pour s’entraîner. On bougeait tous les matins de lieu. On ne faisait que courir, séparément, 1H30, tous les jours. C’est tout. Avec Nestor, on en avait marre. On n’était pas là pour préparer un marathon… En mars, il y a encore eu un changement dans le staff car les résultats étaient mauvais. C’est Carlos Monin qui est venu s’occuper de nous. Carlos Monin, c’est celui qui m’avait cassé la jambe six ans plus tôt. La vie est vraiment bizarre…

 

« Marquer le dernier but de ma carrière pro à Gerland, c’est symbolique. »

 

Etes-vous revenu à Gerland pour jouer contre l’OL ?

Oui. Le 19 avril. La veille de mon anniversaire. Pile au moment où l’aéroport de Lyon Satolas a été inauguré. Ce sont des dates clés. Le public a été mi-figue mi-raisin pour mon retour : pas trop de sifflets mais pas non plus trop d’encouragements. Si on perdait, on descendait en Division 2. J’ai égalisé à 1/1, mais, à cinq minutes de la fin, l’OL a marqué et c’en était fini pour le Red Star en Division 1. Je revois encore ce but. J’ai pris le ballon à Yves Chauveau, mon ancien gardien, et j’ai marqué, côté virage nord. C’est mon dernier but en Division 1. Je l’ai inscrit à Gerland, c’est très symbolique.

 

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Avez-vous joué en Division 2 ?

Non. Dès qu’on a perdu ce match, j’ai dit aux dirigeants que je ne voulais plus ni jouer, ni m’entraîner, ni rester. J’avais encore deux ans de contrat, mais je voulais partir. J’ai eu des offres, principalement de Division 2. Secrètement, j’espérais un club : Nice. J’avais toujours bien réussi dans leur stade. Mais je n’ai pas eu de contact. Et puis, rapidement, Nouzaret (NDLR : Robert, ami d’enfance et vainqueur de la Coupe de France 1967 avec l’OL) m’a appelé et m’a dit « Loulou va venir te voir » !

 

Loulou Nicollin était-il votre ami ?

Oui ! On sortait ensemble quand je jouais à l’OL. Il était à l’école, au Cours Pascal, avec, notamment, Robert Nouzaret et Jean Dumas. A cette époque, j’étais son idole. Il m’attendait toujours à la fin des matchs. Loulou est arrivé chez moi, avec Bernard Gasset (NDLR : associé de Loulou Nicollin et père de Jean-Louis). Ils avaient repris le club de la Paillade et avaient réussi à sauver sa place en DH, en faisant jouer les gars de l’équipe corpo. Je suis passé de la Division 1 à la DH en quelques minutes. Loulou m’a convaincu. Il a recruté six ou sept gars de Division 1 cet été-là. J’habitais à Lyon et j’allais à Montpellier du mardi au mercredi soir pour m’entraîner et le week-end pour les matchs. En même temps, j’étais employé de son entreprise. La première fois que je suis arrivé en réunion, je me suis dit « mais je suis où là ? Qu’est-ce que je fous là ? »

 

« Ils jouent pour des casse-croûtes et vous vous êtes payés ! »

 

C’était comment avec Loulou ?

C’était un super mec. Il a beaucoup compté pour moi. Comme tous les grands dirigeants, il était parfois un peu compliqué et dur, mais il m’a toujours respecté. Loulou, c’était la gagne. Il avait horreur de perdre, horreur des excuses. Il disait toujours, le lundi, après une défaite : « Mais j’en ai rien à foutre des poteaux ou des arbitres, vous auriez dû gagner ! ». La première saison, le coach a tenu deux matchs, avant de se faire virer. On avait perdu 5/1, contre les dockers de Sète, et Loulou avait hurlé « Putain, les gars ils jouent pour des casse-croûtes et vous, vous êtes payés ! ». Le deuxième coach a su y faire avec nous. On n’était que des anciens joueurs de Division 1, avec trois ou quatre gamins du club. Pour monter en CFA, on a joué un match de barrages contre Toulon, car il y avait deux poules et une seule accession. A Toulon, il y avait Nestor (Combin) qui finissait aussi sa carrière, car il avait monté un magasin là-bas. Encore une coïncidence. On a fait 0/0 là-bas, après un match vraiment pourri et une ambiance très chaude. Au retour, on a gagné 2/0 et on est montés avec Montpellier. On a fait une grosse fête.

 

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Toujours et encore ce cher Nestor. Avez-vous eu de vrais copains dans le foot ?

Oui et ils correspondent tous à des périodes différentes de ma vie. Il y a d’abord eu Rivoire, Degeorges, puis Nouzaret, puis Rambert et Combin, puis André Guy puis Jean Baeza, Yves Mariot ou encore Jojo Prost…

 

Et Bernard (NDLR : Lacombe) ?

C’est venu après. Bernard, c’est comme mon frère. On s’appelle tous les jours. C’est une relation très forte. Avec le temps, c’est devenu ma famille. Çà a vraiment commencé quand il est devenu entraîneur de l’OL. Je l’appelais souvent pour l’encourager. Parce que quand tu es de Lyon, c’est toujours plus compliqué d’entraîner l’OL.

 

« Le Petit Prince, ce n’est pas rien ! »

 

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Vous apparaissez comme quelqu’un de dur et un peu sauvage. Est-ce que vous en avez souffert ou est-ce que vous le regrettez ?

J’ai toujours été pénible car j’étais un gagneur. Et puis, je ne parlais pas à la presse car je n’aime pas dire des choses fausses. J’étais dur avec tout le monde mais, dans le football, je n’ai jamais fait une seule remarque à un grand joueur. Mais c’est vrai qu’avec les joueurs moyens, même avec mes amis, je hurlais facilement. Avec Serge et Bernard, on n’a jamais vécu ensemble pendant notre carrière. Et pourtant, on se respectait et on a été très forts. Encore aujourd’hui, je ne dis jamais bonjour à tout le monde et quand je n’aime pas quelqu’un, je le montre. Si je disais bonjour à tout le monde, j’aurais l’impression que ma personnalité s’envolerait. Je suis quelqu’un de peu de mots.

 

Parmi les beaux mots pourtant, il y a vos deux surnoms, La Fleur et Le Petit Prince de Gerland. D’où viennent-ils ?

La Fleur, c’est Nicollin qui m’a appelé comme ça, quand je suis venu à Montpellier. Le Petit Prince de Gerland, c’est un journaliste de l’Equipe, Jean-Philippe Rethacker, qui a trouvé ce surnom. J’en suis encore aujourd’hui très fier. Le Petit Prince de Gerland, ce n’est pas rien ! (Il s’arrête quelques secondes, très ému). Gerland, c’est là où je suis né au foot. C’est mon équipe et ma ville. C’est mon quartier.

 

On en revient au quartier et au foot de rue… 

C’est la rue qui m’a apporté la technique, l’adresse, les dribbles et l’envie. On faisait des matchs acharnés tout le temps. On venait quasiment tous des quartiers. C’est un peu comme aujourd’hui. Je viens de la rue, mais, à Lyon, je n’ai jamais vu un grand joueur qui venait de Bellecour ou des Terreaux ! (Rires) »

 


 

Pour relire les épisodes précédents 

1er épisode : Aux origines du Petit Prince de Gerland

2ème épisode : Le Petit Prince aime les petits ponts

3ème épisode : Tout le monde en parle

4ème épisode : Un retour et un nouveau trio

5ème épisode : Le Red Star, Montpellier et Loulou Nicollin

6ème épisode : Le recrutement dans la peau