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Fleury Di Nallo : Un retour et un nouveau trio (4/6)

Publié le 23 avril 2020 à 07:00:00
Fleury Di Nallo : Un retour et un nouveau trio (4/6)
Fleury Di Nallo est encore aujourd’hui, et pour longtemps, le meilleur buteur de l’histoire de l’Olympique Lyonnais, avec 222 buts inscrits en match officiel. Ces derniers jours, il a passé près de cinq heures au téléphone avec nous pour parler de la vie, de sa famille, de football et de lui. Dans ce quatrième épisode, Fleury est victime d’une blessure très grave qui, habituellement, signifiait la fin de carrière. Mais il va rejouer et marquer à nouveau. Plusieurs clubs vont même vouloir le recruter…

« En septembre 1968, vous êtes victime d’une blessure gravissime, à St Ouen, face au Red Star…

Oui. Trois jours avant de jouer l’Allemagne au Vélodrome et un mois avant de jouer France/Espagne à Gerland, chez moi. J’étais en pleine forme, j’avais 25 ans, j’allais rentrer dans mes meilleures années. Ça m’a coupé en deux. J’ai refait de très bons matchs après cette blessure, mais je ne suis jamais revenu à mon niveau d’avant. Même maintenant, ma jambe gauche est beaucoup plus faible que l’autre. Ça se voit à l’œil nu.

 

« Après cette blessure, à 25 ans, je ne suis jamais revenu à mon niveau ! »

 

Vous voilà de retour sur les terrains, à l’été 1969, et un nouveau trio va se créer à l’OL avec Serge Chiesa et Bernard Lacombe…

C’était complètement différent du trio avec Angel et Nestor. Avec Bernard et Serge, on était petits, on misait tout sur les passes courtes. Mais on n’était pas faits du tout pour jouer ensemble au départ. On était trois numéros dix ! Serge avait été recruté pour me remplacer, car personne à l’OL ne pensait que j’allais pouvoir rejouer, après ma grosse blessure. Pour le premier match de la saison, en août 1969 à Bastia, on a gagné 4/2. Serge a fait un super match et moi j’ai marqué deux buts. Pas mal pour une reprise et deux joueurs qui ne pouvaient pas jouer ensemble, non ?

 

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Plus tard, Bernard est arrivé. Juste avant l’été 1971, l’OL a reçu une très grosse offre de Bastia pour notre attaquant Fanfan Felix. Les dirigeants m’ont invité à déjeuner pour me demander qui pouvait le remplacer. Je leur ai dit que le petit pouvait le remplacer. Et le petit, c’était Bernard.La première fois qu’il a fait un vrai déplacement à l’extérieur avec nous, c’était en Espagne, pour un match amical. D’habitude, je partageais ma chambre avec Jean Baeza, mais il était absent. Alors, j’ai proposé à Bernard. Le soir, on jouait aux cartes, à l’hôtel, en bas. Lui, il restait dans la chambre. Quand je suis remonté, il faisait comme s’il dormait. Il avait peur de bouger, il avait peur de me réveiller, il avait peur de me déranger.

 

Si je vous demande de choisir entre le but à la dernière seconde contre Hambourg en 1968 et le triplé inscrit contre Saint-Etienne en 1971, lequel choisissez-vous ?

(Il coupe) Saint Etienne ! Hambourg, c’était bien pour le club, parce que ça faisait un match d’appui en Allemagne et donc une recette supplémentaire très importante. L’OL avait besoins de sous. Alors que le derby, c’était autre chose. J’ai même marqué cinq buts valables dans ce match, mais deux ont été refusés. Je peux tous les décrire. Le contexte était vraiment particulier. On avait perdu à domicile contre eux, quinze jours avant, en championnat. Puis on avait encore perdu, 2/0, lors du match aller, en Coupe de France. On devait se racheter. On l’a fait.

 

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« J’ai failli quitter l’OL trois fois »

 

Vous êtes devenu une légende à l’OL. Qu’en pensaient alors vos parents ?

Pendant très longtemps, le foot, ça ne les a pas intéressés. Et puis, au début des années 70, mon père est venu au stade. Il arrivait, un peu comme tous les italiens, avec son costume, sa cravate et son chapeau. Il disait qu’il était le père Di Nallo alors il rentrait. Oui, j’étais fier qu’il vienne enfin me voir. Bien sûr ! Il n’y connaissait rien, mais ça le rendait heureux d’entendre le public parler de moi.  Quand j’ai signé pro, j’ai fait deux choses. Tant que j’ai habité chez mes parents, j’ai donné toute ma paie. Ensuite, j’ai acheté une 4CV d’occasion à mon père. C’était le seul de la cité à avoir une voiture. C’était plus facile pour lui d’aller voir sa famille à Veauche (NDLR : dans la Loire) qu’en train. Mais il ne savait pas conduire ! Il n’avait jamais passé l’examen. L’inspecteur avait regardé son nom, Di Nallo, alors on lui avait donné le permis directement (rires). C’était important pour toute la famille. C’était bien de leur montrer que j’avais réussi. Mon père est mort jeune. Il avait 67 ans, mais c’était un vieillard. Il a passé toute sa vie à travailler dans le poison.

 

Avez-vous un jour pensé à quitter l’OL ?

J’ai failli partir trois fois. La première, c’était en 1967, juste après avoir gagné la Coupe de France par miracle (NDLR : victoire 3/1 en finale contre Sochaux). Quand on gagnait, c’était toujours 1/0.  On avait une équipe vraiment faible et beaucoup de mes copains avaient quitté le club. J’étais international et je me posais des questions. Je gagnais 5500 francs et je suis allé demander une augmentation de 500 francs. Le dirigeant de l’OL m’a regardé dans les yeux et m’a dit « Non mais ça va pas ? T’es un voleur ? Trouve-toi quelqu’un capable de te donner ça ! ». J’ai mangé avec un copain. On a appelé le Président Rocher de Saint-Etienne. Il avait déclaré, un peu avant, que j’étais le joueur qui pouvait remplacer Mekhloufi (NDLR : Rachid Mekhloufi quittera l’Asse en 1968). Le Président Rocher m’a invité chez lui, dans la montagne. Il m’a dit « je te veux absolument, je vais négocier avec l’OL et je vais tripler ton salaire ». Quelques jours après, il a envoyé une offre très importante à notre Président. Il y avait beaucoup d’argent, plus de cinquante briques, et trois joueurs en plus (dont Jean-Michel Larqué). Les journaux en ont parlé et j’ai reçu, à mon domicile, des menaces de mort dont une lettre très sérieuse qui visait mon fils. Je me souviens encore des mots « faut faire attention avec ton fils, il a une toute petite tête ». J’ai refusé de partir et l’OL m’a finalement donné la petite augmentation que je voulais au début.

 

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Et la seconde fois ?

C’était à l’été 1969. L’OL pensait que je ne rejouerai pas après ma blessure. Physiquement j’étais un peu KO. André Guy, mon coéquipier, connaissait bien Jean Snella, qui entraînait le Servette de Genève. L’OL voulait me prêter. Je suis allé faire un essai en Suisse, accompagné de Robert Donguy, alors secrétaire général de l’OL. C’était un match amical contre le FC Sochaux. On a gagné 3/2 et j’ai marqué les trois buts. Le soir, au restaurant, le Servette m’a tendu le contrat pour le signer. « On ne veut pas un prêt, on veut t’acheter ». J’ai refusé, je ne voulais pas quitter définitivement l’OL. Et j’ai bien fait. L’OL aussi ! (Rires)

 

Il y a eu un troisième transfert qui ne s’est pas fait ?

En 1972, j’étais sans contrat avec l’OL, libre de partir. Strasbourg venait de monter en Division 1, avec un très grand coach et directeur sportif, Paul Frantz. Il est venu chez moi avec son secrétaire, un gars très costaud et très impressionnant. J’étais avec ma femme qui était enceinte. « Je double ton salaire et je triple tes primes. Tu vas faire une doublette d’enfer avec Marc Molitor (NDLR : International Français) ». J’étais intéressé. Ça faisait pas mal d’argent quand même. Frantz a appelé son Président, depuis chez moi, pour lui dire que j’étais d’accord. Ils parlaient tous en alsacien. Je ne comprenais rien. P….., j’ai pris peur. J’ai quitté le salon pour aller voir ma femme et je lui ai chuchoté « j’y vais pas, j’y vais pas là-bas, ça me fait peur ». Frantz voulait signer le contrat. Je lui ai dit que c’était vraiment plus sympa qu’on aille manger au restaurant, avant d’officialiser tout ça. J’ai profité qu’ils soient en dehors de la maison, à m’attendre, pour appeler l’OL. Je voulais rester au club et surtout ne pas partir à Strasbourg. Nicol (NDLR : Secrétaire du club) m’a dit OK en trente secondes. Le repas avec les alsaciens a été bizarre pour moi. J’étais mal à l’aise. En rentrant à la maison, je leur ai dit que je n’allais pas signer le contrat. Paul Frantz était fou de colère contre moi. Il hurlait dans ma maison ! »

 


 

Pour relire les épisodes précédents 

1er épisode : Aux origines du Petit Prince de Gerland

2ème épisode : Le Petit Prince aime les petits ponts

3ème épisode : Tout le monde en parle

4ème épisode : Un retour et un nouveau trio

5ème épisode : Le Red Star, Montpellier et Loulou Nicollin

6ème épisode : Le recrutement dans la peau