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Fleury Di Nallo : Tout le monde en parle (3/6)

Publié le 22 avril 2020 à 07:00:00
Fleury Di Nallo : Tout le monde en parle (3/6)
Fleury Di Nallo est encore aujourd’hui, et pour longtemps, le meilleur buteur de l’histoire de l’Olympique Lyonnais, avec 222 buts inscrits en match officiel. Ces derniers jours, il a passé près de cinq heures au téléphone avec nous pour parler de la vie, de sa famille, de football et de lui. Dans ce troisième épisode, Fleury remonte le fil d’une partie de sa carrière. Son premier match, les premiers titres de l’OL, l’Equipe de France, Pelé, les copains. Jusqu’à un drame qui va tout changer…

« Le 20 août 1960, vous avez 17 ans et vous disputez votre premier match officiel, face au Stade de Reims. Quels souvenirs en gardez-vous ?

On était trois débutants, Marcel Aubour, Lucien Degeorges et moi. On a perdu 2/0 là-bas et pourtant le public avait énormément sifflé son équipe. Ça m’a vraiment marqué. Pour eux, l’OL était un petit club et Reims aurait dû gagner beaucoup plus largement. A la fin du match, j’ai suivi Roger Piantoni (NDLR : Attaquant international de Reims) et je me suis approché. C’était mon idole. Je l’ai appelé Monsieur et je l’ai vouvoyé en essayant de lui parler.

 

« J’ai marqué 222 buts mais je n’avais pas une bonne frappe ! »

 

Vous avez marqué 222 buts avec l’OL et vous en êtes le meilleur buteur de l’histoire…

Oui ! 222 buts mais zéro penalty et zéro coup-franc. J’ai même marqué un seul but de l’extérieur de la surface de réparation. C’était à Gerland, contre Marseille, côté virage sud. Je n’avais pas une bonne frappe. Mon jeu, c’était de partir avec la balle, dribbler et faire des pichenettes face au gardien.

 

Comment expliquez-vous que tous les attaquants à côté de vous aient autant marqué ?

C’est vrai, ils ont tous marqué…Nestor (Combin), Bernard (Lacombe), André Guy, qui est même devenu meilleur buteur du championnat de France quand on était ensemble. Je faisais beaucoup marquer (NDLR : Il est le quatrième meilleur passeur de l’histoire du club) car si j’étais un dribbleur, je jouais aussi beaucoup à une touche de balle. C’était tout en déviations. On peut dire que j’étais un attaquant complet, pas seulement un buteur.

 

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Entre 1961 et 1964, vous avez formé avec Combin et Rambert le premier très grand trio de l’histoire de l’OL. Racontez-nous…

On a même fait un match, tous les trois titulaires, en Equipe de France, contre la Hongrie en 1964 ! Angel (Rambert), c’était un très grand joueur, un immense passeur, un fabuleux dribbleur. Il avait aussi et surtout une personnalité incroyable. Il ne parlait pas beaucoup mais il savait ce qu’il voulait. Il avait ce truc en plus dans l’engagement. Il se battait toujours plus que nous. Au tout début, je le craignais beaucoup. Il avait six ou sept ans de plus que moi. En réalité, tout le monde avait peur de lui dans le vestiaire (rires). Ensuite, c’est devenu mon grand ami. On était tout le temps ensemble, avec nos familles. Nestor (Combin), c’est différent. C’était un joueur totalement incroyable. Il avait tout, la force, la vitesse, la technique des deux pieds, le jeu de tête, le double démarrage. Il avait une frappe de mule. Quand il est arrivé d’Argentine, il envoyait tous les ballons cinq mètres au-dessus de la cage. Alors, on lui a appris à cadrer. Après ça, il est devenu inarrêtable. Il pouvait aussi jongler avec une balle de tennis pendant un quart d’heure, il la faisait passer partout. Mais il n’était pas très sérieux…(rires)

Avec Nestor, le 1er mai 1963, on est partis ensemble à l’armée. On a pris le train pour Orléans, où on a disputé une rencontre amicale avec le Bataillon de Joinville. Quatre jours après, on avait encore un match international qualificatif avec l’Equipe de France militaires, en Algérie. On a même raté un match avec l’OL à Gerland, en Division 1. Le 12 mai, il y avait la finale de la Coupe de France contre Monaco. C’était vraiment un drôle de rythme qu’on ne peut pas imaginer aujourd’hui. Lors de la saison 1963/1964, on était cinq de l’OL à faire le service militaire (Degeorges, Rivoire, Duffez, Nestor et moi). On a quand même fait une demi-finale de Coupe d’Europe, on a gagné la Coupe de France et joué le titre en Division 1 jusqu’aux quatre dernières journées. On était à l’armée toute la semaine et on avait un match amical avec le Bataillon de Joinville chaque mercredi. C’était fou, on n’arrêtait jamais. On rentrait à Lyon, le vendredi soir, uniquement pour le match du week-end. On nous emmenait dormir chez Jeannette. C’était la pension située aux Terreaux, où le club pouvait nous surveiller. Bon, parfois, on faisait le mur (rires).

 

« On aurait pu tout gagner »

 

Lors de cette saison 1963/1964, vous avez pourtant failli réussir ce qu’aucun club français n’a encore réussi : gagner la même année le championnat, la Coupe de France et la Coupe d’Europe…

(Affirmatif) Nous avions une super équipe composée, malheureusement, de seulement quatorze ou quinze joueurs pros, dont cinq qui étaient à l’Armée, à Paris, toute la semaine. On a dû jouer environ soixante matchs. Ça paraît incroyable, non ? On avait un jeu vraiment très particulier. C’était le vrai « catenaccio ». On avait huit ou neuf joueurs qui défendaient, nous étions tout le temps dominés. Mais on allait très très vite et on jouait en contre, comme des flèches. Jasseron (NDLR : le coach) nous demandait de rester devant avec Nestor, car il pensait qu’on mettait en danger notre équipe quand on revenait en défense. Il n’avait pas tort (rires).

On aurait pu tout gagner. Pour la demi-finale de Coupe d’Europe, lors du match aller contre le Sporting, Nestor était suspendu (NDLR : il avait marqué neuf buts après six matchs de Coupe d’Europe, mais fut expulsé pour avoir boxé un adversaire allemand lors du quart de finale retour), on a eu un but refusé, ça a fait 0/0. Au retour, Nestor a marqué en premier et l’arbitre a sifflé ensuite un penalty invraisemblable contre nous, ça a fait 1/1. Lors du match d’appui à Lisbonne (NDLR : la règle des buts à l’extérieur n’existait alors pas, malheureusement), cinq jours avant la finale de la Coupe de France, on a perdu 1/0. On était totalement épuisés. (NDLR : A la fin de la saison 1963/1964, Nestor Combin a rejoint la Juventus. C’était alors le plus gros transfert français de l’histoire)

 

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En novembre 1962, vous avez joué pour la première fois en Equipe de France, contre la Hongrie. Comment êtes-vous convoqué ?

J’avais fait une super saison 1961/1962, avec une vingtaine de buts inscrits. J’ai été appelé en Equipe de France B, pour un match amical, contre le Standard de Liège. J’y ai marqué le plus beau but de ma carrière, une louche sous la barre, après un centre de la gauche du niçois Jean-Pierre Serra. Le lendemain, le but était détaillé dans le journal l’Equipe. Ça avait marqué les esprits. Ensuite, j’ai appris, en écoutant la radio, que j’étais sélectionné en Equipe de France A.

J’avais 19 ans et on avait un stage de huit jours, avant le match. C’était un enfer pour moi. Il n’y avait que des grands joueurs. J’étais timide, à la fois impatient de jouer mais très impressionné. J’avais une chambre pour moi, tout seul. Je ne dormais pas de la nuit. La veille du match, Raymond Kopa est arrivé. C’était sa dernière sélection. Il venait de perdre son fils. Je n’ai pas osé aller le voir. Kopa, c’était...(admiratif) Non, non, ça m’était impossible d’aller lui parler.  J’ai donc joué titulaire avec lui en attaque, alors que je ne lui avais jamais adressé la parole et qu’il ne me connaissait pas !

 

« Ma 404 neuve avait choqué ! »

 

Vous avez réussi votre premier match en Equipe de France ?

J’ai marqué les deux buts français. Pour ma première sélection. Deux buts du gauche. Devant mon frère boxeur et les copains du quartier de Gerland. Ils étaient venus avec la voiture que je venais d’acheter, une 404 neuve. Après le match, je suis rentré en automobile à Lyon avec eux.

 

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Six mois après, vous avez joué contre le Brésil de Pelé à Colombes…

(Il coupe) C’était le 28 avril 1963, c’est ça, non ? J’avais vingt ans depuis une semaine. J’ai égalisé à 2/2, mais Pelé a marqué un triplé. Lui, c’était LE phénomène. Il était plus fort que tout le monde. Il m’a même fait un petit pont. Il avait la technique, la vitesse, la détente, l’adresse (admiratif)... Y’a une photo qui existe. C’est à la fin du match, en rentrant aux vestiaires, et je suis avec lui. Je ne sais même pas comment j’ai fait pour être comme ça avec Pelé !

 

Vous avez passé neuf ans en Equipe de France entre 1962 et 1971. Vous n’avez eu que dix sélections et vous avez pourtant inscrit huit buts. Quel était le problème Di Nallo ?

Je ne sais pas. J’ai joué contre la Hongrie, j’ai marqué deux buts et je n’ai pas joué les trois matchs suivants. J’ai rejoué contre le Brésil, j’ai encore marqué et j’ai à nouveau été écarté pour les quatre matchs d’après. Bon... Il y avait beaucoup plus de critiques dans la presse. On pouvait marquer des buts mais chacun regardait surtout ce qui n’avait pas été forcément bien fait. Et puis, il y avait eu des articles qui disaient que je menais la grande vie. Je sais que ma nouvelle voiture, la 404, avait un peu choqué. On écrivait que je n’étais pas sérieux. Mais pourtant je ne sortais pas !

 

Vous avez raté la Coupe du Monde 1966…

Je pensais vraiment la faire. Et c’est un vrai regret. Lucien Jasseron était l’un des sélectionneurs (NDLR : la France en a eu trois pour cette Coupe du Monde qui s’est terminée par une élimination au 1er tour). Il m’a tué. C’était notre entraîneur à l’OL entre 1962 et 1966. Il a toujours cru que c’est moi qui avais exigé et obtenu son départ du club. Mais ce n’était pas vrai du tout. Je n’y étais pour rien. Il a fallu que Louis Dugauguez devienne sélectionneur, en août 1966, pour que je sois titulaire indiscutable en Equipe de France. J’avais 23 ans. Il m’a fait jouer cinq matchs sur six. Et puis, en septembre 1968, on m’a cassé la jambe… »

 


 

Pour relire les épisodes précédents 

1er épisode : Aux origines du Petit Prince de Gerland

2ème épisode : Le Petit Prince aime les petits ponts

3ème épisode : Tout le monde en parle

4ème épisode : Un retour et un nouveau trio

5ème épisode : Le Red Star, Montpellier et Loulou Nicollin

6ème épisode : Le recrutement dans la peau