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Fleury Di Nallo : Le Petit Prince aime les petits ponts (2/6)

Publié le 21 avril 2020 à 07:00:00
Fleury Di Nallo : Le Petit Prince aime les petits ponts (2/6)
Fleury Di Nallo est encore aujourd’hui, et pour longtemps, le meilleur buteur de l’histoire de l’Olympique Lyonnais, avec 222 buts inscrits en match officiel. Ces derniers jours, il a passé près de cinq heures au téléphone avec nous pour parler de la vie, de sa famille, de football et de lui. Dans ce second épisode, Fleury a 15 ans. Il est contacté par l’Olympique Lyonnais. Formé dans la rue, il se passionne pour les buts et le dribble.

« Quand et comment l’OL vous a-t-il recruté ?

L’OL voulait récupérer tous les meilleurs jeunes de la région. Le dimanche matin, le recruteur, Jean Tamini (NDLR : International suisse buteur lors de la Coupe du Monde 1950), regardait tous les terrains et tous les matchs des jeunes. Un soir, ça a sonné à la porte de l’appartement. C’était Tamini avec Vitalis (NDLR : alors secrétaire de l’OL). Je ne les avais jamais vus. Ils ont commencé à dire que ce serait bien que je signe à l’OL et que j’allais devenir très fort. Quelques jours avant, on m’avait dit que le club d’Angers voulait me voir. Mais lâcher mes copains du Rhône Sportif, même pour jouer à Lyon, c’était impossible pour moi. J’étais timide, je ne connaissais personne à l’OL, je ne voulais pas y aller. Tamini et Vitalis ont sorti de l’argent en espèces. Il y avait 220 000 francs. C’était une somme énorme pour l’époque. On n’avait jamais vu ça. Ma mère, qui ne parlait pas français, m’a demandé en italien « mais qu’est-ce qu’ils veulent ? ». Je lui ai répondu « Que je signe pour jouer au foot ». Et elle a hurlé « mais qu’est-ce que tu attends pour signer ? Signe vite ! » (Éclats de rires). Mon père, sur le moment, n’a pas compris. Il ne savait même pas qu’on pouvait être payé comme footballeur. J’ai su, après, que Saint-Etienne me voulait aussi, par l’intermédiaire de Pierre Garonnaire (NDLR : Célèbre recruteur de l’AS Saint-Etienne)

 

« Qu’est-ce que tu attends pour signer ? Signe vite ! »

 

Peut-on dire que le rêve est devenu réalité ?

Oui mais, encore une fois, c’est presque une coïncidence si ça s’est fait. A ce moment-là, on devait tous quitter la France définitivement pour les Etats-Unis. On avait fait tous les papiers pour partir là-bas et rejoindre notre famille. Moi, je ne voulais pas partir car le football n’existait pas en Amérique. Puisque mon frère était à l’armée, on a dû rester. Et j’ai pu m’engager avec l’OL. Avec l’argent de la signature et certaines bourses de mon frère boxeur (NDLR : dix combats, dix victoires par KO, avant une blessure qui mettra fin à sa carrière), mes parents ont acheté une petite maison dans le huitième arrondissement.

 

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Ce déménagement et ce changement de club vous ont-ils éloigné de votre quartier ?

C’était très dur. Trop dur. Après à peine deux mois passés à l’OL, c’était la catastrophe. Je voulais revenir absolument au Rhône Sportif et rejouer avec mes copains. Je ne connaissais personne, je ne parlais à personne, j’étais triste. Monsieur Tamini est venu me voir et m’a dit de m’accrocher.

 

Comment s’est passée cette première année avec les jeunes ?

Ça s’est arrangé avec le temps. J’ai d’abord joué avec les cadets. On a gagné une Coupe Nationale, avec le Lyonnais, à Paris. Au printemps 1960, on m’a fait jouer en DH (NDLR : Equipe 3 Seniors de l’OL) puis, lors du dernier match de la saison, contre Annecy, j’ai joué avec la CFA (NDLR : Equipe 2 Seniors de l’OL).

 

« Petit, viens-là. Samedi tu joueras avec les pros ».

 

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Quelques mois plus tard, vous allez jouer votre premier match en professionnel, vous avez dix-sept ans…

(Il coupe) En juillet 1960, j’ai repris avec le groupe de CFA. Un mercredi de la mi-août, l’entraîneur des amateurs, Monsieur Le Guillou, m’a dit qu’on allait faire une opposition contre les pros. Je voulais tout casser et leur montrer mon niveau. C’était une chance énorme pour moi. C’est Camille Ninel qui me marquait, en individuel, lors de ce match. Je lui ai tout fait. La mode dans mon quartier, c’était de faire des petits ponts. Je n’ai pas arrêté pendant quatre-vingt-dix minutes. Il m’en a d’ailleurs toujours voulu. A la fin de l’opposition, Gaby Robert (Entraîneur de l’OL), qui ne connaissait même pas mon nom, m’a appelé : « Petit, viens là ! Samedi, tu joueras avec les pros. (Eugène) NJo Lea n’est pas rentré de vacances. Tu vas être titulaire, à Reims, en Division 1 ». C’est comme ça que je j’ai joué mon premier match.

 

Comment ont réagi vos parents ?

Ils ne savaient pas. On n’en parlait pas à la maison. Mon père a appris à l’usine seulement que j’allais jouer. Ce sont ses collègues qui avaient lu la composition d’équipe, dans Le Progrès, la veille du match…»

 


 

Pour relire les épisodes précédents 

1er épisode : Aux origines du Petit Prince de Gerland

2ème épisode : Le Petit Prince aime les petits ponts

3ème épisode : Tout le monde en parle

4ème épisode : Un retour et un nouveau trio

5ème épisode : Le Red Star, Montpellier et Loulou Nicollin

6ème épisode : Le recrutement dans la peau