Club / Les entretiens du Musée de l’OL

Fleury Di Nallo : Aux origines du Petit Prince de Gerland (1/6)

Publié le 20 avril 2020 à 09:30:00
Fleury Di Nallo : Aux origines du Petit Prince de Gerland (1/6)
Fleury Di Nallo est encore aujourd’hui, et pour longtemps, le meilleur buteur de l’histoire de l’Olympique Lyonnais, avec 222 buts inscrits en match officiel. Ces derniers jours, il a passé près de cinq heures au téléphone avec nous pour parler de la vie, de sa famille, de football et de lui. Dans ce premier épisode, nous avons suivi les pérégrinations de sa famille et son apprentissage dans la rue, à travers un voyage inattendu de l’Italie à Detroit, en passant par Gerland et même… par Saint Etienne…

« Bonjour Fleury. Quand on entend votre nom, on pense tout de suite à l’Italie, à Lyon mais aussi à Gerland…

Bonjour. Je viens en effet d’une famille d’immigrés italiens qui habitait entre Rome et Naples. Mais, l’histoire de ma famille est bizarre. Mes grands-parents ont d’abord quitté l’Italie, avec mon père, qui était l’aîné, pour aller vivre en Angleterre, à Sheffield. Un de mes oncles est né là-bas et mes grands-parents l’ont appelé Fleury avec un -y et pas avec un -i ! Comme mes parents ont décidé de nous donner le même prénom que nos oncles, j’ai un peu des origines anglaises aussi ! (Rires)

 

« Je suis lyonnais par pure coïncidence »

 

Ensuite, est-ce que tout le monde est venu à Lyon ?

Pas du tout ! C’est encore une fois assez incroyable. Toute la famille est arrivée en France, à Veauche, juste à côté de Saint-Etienne. Ma mère, qui avait un gros caractère, on va le dire comme ça, s’est engueulée fortement avec mes grands-parents. Il fallait déménager obligatoirement. Il y avait un cousin éloigné qui était installé à Lyon, alors mes parents l’ont rejoint. Les cinq oncles et les deux tantes sont restés dans la Loire.

 

Vous auriez pu être stéphanois !

Tu vois, je suis lyonnais par pure coïncidence ! Mais je suis né à Lyon, à l’Hôtel Dieu, pendant la guerre (NDLR : en 1943). Je suis le seul de la famille à être né à l’hôpital. Je suis le petit dernier.

 

di nallo papier 1

 

Et vos trois frères aînés ?

Ils sont nés dans les cabanes. C’était comme ça à l’époque. Quand mes parents sont arrivés à Lyon, ils habitaient à Gerland, vers le Pont Pasteur, dans ce qu’on appelait les cabanes. C’était un peu comme un bidonville. C’était dur pour tout le monde.

 

Avez-vous connu cette période ?

Non. En 1936, mon père, qui travaillait dans une usine de produits chimiques, a obtenu un F3 dans une cité ouvrière à Gerland. Je ne sais pas comment il a fait. C’est là où j’ai fait mes premiers pas.

 

« Avant quatorze ans, c’était du football de rue »

 

Votre famille était-elle très foot ?

Pas du tout. Çà n’intéressait personne. Ni mon père, ni ma mère, ni mes frères. Mais, dès six ans, j’ai joué dans la cour du HLM. On avait un seul ballon en caoutchouc. L’enfant qui possédait le ballon n’aimait pas le foot. On devait jouer à autre chose et négocier avec lui pour faire des matchs. Mais on était heureux, parce qu’on avait une habitation toute neuve. On avait deux chambres, une pour mes parents et une pour les quatre frères, avec deux lits.

 

Vous aviez dix-sept ans de moins que votre frère aîné. Etiez-vous dans la même chambre ?

Oui. Mais au début des années 50, il est parti de la maison. Je ne l’ai presque pas connu. On avait une tante en Amérique, à Detroit. Là-bas, c’était le rêve d’une autre vie. On pouvait avoir un métier et une villa. Mon deuxième frère est aussi parti ensuite le rejoindre, pour faire une carrière de boxeur. A partir du moment où l’aîné a quitté la France, il n’y avait plus qu’une paie à la maison. Et c’est devenu compliqué. Cà suffisait à peine pour manger. C’était la période de la démerde chez nous.

 

di nallo papier 3

 

Peut-on parler d’évasion avec le foot ?

Oui, tout à fait. J’ai joué dans la cour de la cité jusqu’à 12/13 ans. Ensuite, j’ai signé ma première licence au Rhône Sportif, avec tous mes copains du quartier. C’était un club omnisports basé aux Terreaux et à Villeurbanne, mais le football avait lieu à Gerland. C’est pour ça qu’on a pu s’inscrire. On avait une équipe qui pouvait disputer le championnat FSGT (Fédération Sportive et Gymnique du Travail créée en 1934).

 

A quel âge avez-vous découvert le foot en club ?

A 14 ans. J’étais minimes 1ère année et j’ai fait mes premiers matchs le dimanche matin. Avant, c’était du football de rue. Quand on jouait dans la cour, je n’avais pas le droit de passer le milieu du terrain, car je marquais trop de buts. On jouait au stade des Channées (NDLR : actuellement terrain du Football Club de Gerland) avec mon club. Quand le match était à l’extérieur, il fallait payer le ticket du car. Alors, j’allais voir ma mère pour savoir si elle avait besoin de faire des courses et je piquais un peu de monnaie (rires).

 

« Un jour, je jouerai là »

 

di nallo papier 2

 

Donc vous ne pouviez pas aller voir l’OL ?

Ah si ! On ne payait pas, mais il fallait ruser. La première fois que je suis allé voir l’OL à Gerland, j’avais 10 ans. C’était en 1953. On habitait au rez-de-chaussée.  Je sortais par la fenêtre. Pour rentrer gratuitement, en tant qu’enfant, nous devions être accompagnés. Alors, on allait devant les lions de Jean Jaurès, le dimanche après-midi, et on demandait à des adultes de pouvoir entrer avec eux. On se mettait derrière les barrières, avec mes copains. C’était juste derrière les buts. On s’installait toujours du côté de l’attaque de l’OL. A la mi-temps, on changeait de côté. Entre les barrières et les tribunes, on pouvait même jouer au foot. Je me souviens bien de tous les joueurs que j’ai vus. Lerond, Bonvin, Schultz, Antonio, Ninel…Je disais toujours « Un jour, je jouerai là ! » 

 

Vous étiez très ambitieux ou vous étiez très fort ?

J’ai beaucoup appris avec mes copains du quartier. Le football de rue, c’est très formateur. On avait une équipe vraiment très forte. Dans ma cité, nous sommes quatre à être passés pros (Grousseau et Biscarrat à Saint-Etienne, Marin à Ajaccio et moi). La deuxième saison, avec le Rhône Sportif, on battait tout le monde, même l’OL. Le dimanche matin, on avait rendez-vous à 8h. Je jouais avec les minimes. J’étais déjà un peu au-dessus, je marquais plein de buts. Après le match des minimes, je jouais avec les cadets. Si c’était un match à l’extérieur, il y a quelqu’un du club qui me prenait en voiture pour m’emmener. Et, l’après-midi, il est arrivé que je joue le championnat FSGT avec les seniors. C’était une journée avec trois matchs alors que j’avais quinze ans. On n’a plus trop le droit de faire ça aujourd’hui, je crois… (rires) »

 


2ème épisode à suivre mardi : L’arrivée de Fleury Di Nallo à l’OL…

 

Pour relire les différents épisodes

1er épisode : Aux origines du Petit Prince de Gerland

2ème épisode : Le Petit Prince aime les petits ponts

3ème épisode : Tout le monde en parle

4ème épisode : Un retour et un nouveau trio

5ème épisode : Le Red Star, Montpellier et Loulou Nicollin