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Jacques Monclar : « L’OL, c’est mon équipe »

Publié le 16 avril 2020 à 12:00:00
Jacques Monclar : « L’OL, c’est mon équipe »
De Jacques Monclar, on connaît surtout le basketteur de très haut niveau, l’entraîneur Champion de France qui ne savait pas siffler et le consultant à la voix rauque et aux expressions fleuries. Celui qui a popularisé, auprès des fans de NBA, les meilleurs défenseurs Marcel Arceau et Francis Planche, est aussi un grand fan de l’OL. Entre quelques pompes et abdominaux, en plein confinement, il s’est confié sur une passion de plus de cinquante ans.

« Jacques, on ne le sait pas forcément mais Lyon est une ville spéciale pour vous…

Absolument. J’ai grandi de un à huit ans à Lyon et j’y ai vécu de vingt à vingt-huit. D’abord, à Villeurbanne, aux Gratte-ciel. Puis, j’ai habité au Tonkin, à Lacassagne dans le 3ème et enfin à Meyzieu. Je suis un citadin. Est-ce que Lyon me manque ? Oui. J’adore cette ville. J’adore la situation géographique.

 

Vous avez suivi l’OL à partir de quel moment ?

Mon père (NDLR : Robert Monclar, immense basketteur, qui a fini sa carrière à Lyon et a participé à trois Jeux Olympiques) m’a emmené au stade pour la première fois en 1962. J’avais cinq ans. Et puis il y a eu la Coupe de France 1964, Di Nallo, Rambert, Combin (il était parti en Italie, c’était bizarre pour moi), la Coupe d’Europe, Hambourg, Tottenham, plein d’histoires... Tout ça, c’est mon éveil au sport. L’OL, c’est un fil rouge de mon fonctionnement.

 

Vous avez un souvenir précis de la première fois où l’OL vous a fait vibrer ?

Le vrai coup de foudre, c’est la victoire en Coupe de France contre Bordeaux 2/0 en 1964. Une équipe magnifique. Et puis, parmi les vainqueurs, il y avait Marcel Aubour.

 

« Di Nallo, Lacombe, Juninho ont été des fils rouges pour moi »

 

Vraiment ?

Oui. Marcel Aubour, c’était mon idole totale. Même s’il est aussi à l’origine d’un mauvais souvenir avec la finale de la Coupe de France 1971 (NDLR : Marcel Aubour a gagné la Coupe de France 1971 avec Rennes face à l’OL). Je ne l’ai jamais rencontré. Je le regrette car quand j’étais à Antibes, je n’étais pas loin. Petit, j’ai joué goal. Marcel Aubour, c’était vraiment quelqu’un. J’ai évidemment suivi les gardiens de l’OL ensuite, Yves Chauveau, Gilles de Rocco avec qui j’étais à l’armée, Topalovic ou encore Greg.

 

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Joueur à l’ASVEL (NDLR : De 1978 à 1986), vous alliez à Gerland ?

Tout le temps. Tigana, Moizan, Nikolic, ça mettait des buts. Je me souviens du match de barrages de maintien, contre Avignon, en 1980. On gagne 6/2, avec le triplé de Zivaljevic.

 

Vous avez une belle mémoire des noms…

Môme, ils m’ont tous marqué. Popluhar, Valette, Lhomme, Rambert... J’ai même suivi ensuite la carrière du fils d’Angel (NDLR : Sebastian Rambert a notamment joué pour l’Inter Milan). Fleury Di Nallo, Bernard Lacombe, Juninho ont été des fils rouges pour moi. Sans faire injure à Serge Chiesa. (silence, il réfléchit) Bon, c’est vrai, Chiesa il était très fort aussi. Di Nallo c’était celui qui pouvait aller en Equipe de France, c’était le joueur supérieur de l’OL. J’étais même présent dans les tribunes de St Ouen, en 1968, quand il s’est fait casser la jambe face au Red Star. Dernièrement, j’ai revu Bernard et Fleury et j’ai demandé à faire une photo avec eux. C’est une démarche très rare chez moi.

 

En 2002, l’OL est Champion de France. Que ressentez-vous ?

J’étais coach à Antibes. On jouait en même temps. En rentrant à la maison, après notre match de basket perdu, j’ai retrouvé mon fils aîné et on a passé toute la nuit ensemble, collés aux lustres, à fêter ça. J’ai trois fils. Le plus grand est né à Décines. Il est encore plus fondu que moi. C’était un fidèle du virage nord quand il faisait ses études à Lyon. Être champion était important pour plusieurs raisons. D’abord des raisons nationales. Mais aussi régionales (éclat de rires). Il fallait un titre. C’est ma plus grosse émotion. J’avais repris espoir avec l’équipe de Jean Tigana en 1995. L’arrivée de Sonny a ensuite modifié l’OL. Dès que Sonny est arrivé, ce fut un changement d’ère.

 

« Je ne porterais pas plainte si on gagnait une Ligue Europa »

 

Vous avez balayé une bonne partie de l’histoire de l’OL...

J’ai toujours gardé l’OL en moi. Je fais partie de cette génération de supporters arrivée dans les années 60 et je dois dire que ça n’a pas toujours été un long fleuve tranquille depuis cette période. Mais depuis que le Président Aulas a repris le club, il y a eu un peu de route de faite, n’est-ce pas ? (rires)

 

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Aujourd’hui, l’OL c’est quoi pour vous ?

C’est mon équipe. C’est le club que j’ai adopté depuis tout petit. Je ne suis jamais venu au Groupama Stadium en raison de mes activités mais je le ferai. Cette saison, je suis allé à Montpellier et j’avais un peu peur à la fin en raison de la qualité du match. Mais une équipe peut mal jouer, le club reste le club, un immense club. Il y a aussi une autre chose dont l’OL peut être fier, c’est de savoir rester dans le haut niveau européen tout en continuant à avoir une formation d’excellence. Quand on voit les performances de ceux qui sont passés par le centre de formation de l’OL, on ne peut qu’applaudir. C’est assez incroyable de réussir à atteindre ces deux facettes du très haut niveau. Bon, parfois, je suis énervé. Agacé par le délit de sale gueule fait, par exemple, à Bruno Genesio. Parce que j’ai été coach et que je crois savoir observer quand une équipe, certes inconstante dans l’investissement, montre qu’il y a un vrai travail derrière. Je suis parfois tatillon sur le respect qu’on doit à un entraîneur. En Italie, on l’appelle le Mister. En France, on a tendance à le prendre pour un super intendant.

 

Avez-vous un rêve pour le club ?

Gagner une coupe d’Europe. Même si c’était une Ligue Europa, je ne porterais pas plainte. Parfois on n’a pas été loin. L’épisode contre le PSV était un peu glauque. A Milan, on avait une équipe immensément forte, au-delà du résultat.

 

« Alexandre Lacazette est un bon shooteur »

 

Vous êtes en contact avec d’anciens joueurs de l’OL ?

J’ai un bon pote, c’est Sidney (NDLR : Govou). On a des amis en commun, nous nous voyons régulièrement. Je croisais aussi Greg Coupet à l’époque RMC. A Londres, j’ai vu Alexandre Lacazette. Il est fou de Kyrie Irving. Alex, c’est aussi un bon shooteur, si vous ne le savez pas.

 

On sait dans votre environnement professionnel ou sportif que vous êtes fan de l’OL ?

Ah oui, évidemment ! Mes amis roannais le savent bien par exemple. Dans la rédaction aussi. Si on perd le derby, ils savent qu’il ne faut pas trop venir me chercher le lendemain. Je suis connu pour ça. Pas trop de mauvaise foi. Juste ce qu’il faut. J’aime le sport.  Dans le basket, il y a des fondus de l’OL. Laurent Pluvy ou Paul Lacombe par exemple. Et, dans la natation (NDLR : Sophie, la compagne de Jacques, est une ancienne nageuse finaliste lors des Jeux Olympiques 1984), il y a notamment Mehdy Metella parmi les plus fans.

 

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Vous avez joué et gagné avec l’ASVEL de 1978 à 1986. Qu’avez-vous ressenti quand l’ASVEL et l’OL se sont rapprochés ?

Ça m’a fait plaisir, même si je m’en doutais un peu. Tout ce qui peut participer au développement de mon sport est souhaitable. Le basket a besoin de grandes salles et de marketing, mais Tony le sait mieux que moi.

 

Aujourd’hui (NDLR : entretien réalisé le 1er avril), c’est le 25ème anniversaire du dernier match de l’ASVEL qui a eu lieu à la Maison des Sports de Villeurbanne. Quels souvenirs en avez-vous ?

La Maison des Sports, c’est d’abord un endroit qui m’a fait rêver, quand j’étais tout petit, car j’allais à l’école juste à côté. On habitait rue Racine. Ensuite, c’était devenu mon deuxième domicile. Quand vous rentrez du côté vestiaires villeurbannais, sur la droite, il y a vingt-six marches. Lesté ou pas lesté, j’ai monté et descendu ces marches par deux, par trois ou par quatre.

 

Comment vivez-vous la période actuelle ?

Ça ne sert à rien d’avoir peur ou d’être inquiet mais il faut savoir qu’un danger rode. Tant que le nombre de cas ne baissera pas puis qu’on n’aura pas trouvé de vaccin, je ne vois pas comment on pourra retrouver une activité totalement normale. Est-ce que des gens vont avoir envie ou pouvoir retourner dans un stade, dans une salle ou dans un théâtre ? A mon avis, il y aura des étapes. On doit y réfléchir. Pour mon confinement, je suis très films, anciens matchs, lecture. C’est devenu notre boulot d’être à la maison, alors essayons de tous bien le faire. »