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Jérémy Lopez : « L’OL, c’est tout le temps »

Publié le 10 avril 2020 à 07:01:00
Jérémy Lopez : « L’OL, c’est tout le temps »
Jérémy Lopez, né en 1984 à Lyon, est pensionnaire de la Comédie Française depuis 2010. Il y a trois ans, il est devenu membre de la Société des Comédiens-Français. Il n’est que le 532ème acteur à recevoir cette distinction d’excellence depuis janvier 1681. Confiné à Paris, Jérémy a échangé avec nous, par téléphone, de son rapport au football et au théâtre, de la Comédie Française et de l’OL, deux cultures, deux institutions.

« Vous avez un lien sincère avec l’OL mais d’où vient-il et comment avez-vous choisi votre club de cœur ?

Je n’ai pas choisi. En fait, je n’ai pas eu vraiment le choix. Mon premier lien avec l’homme en tant qu’adulte, c’est par le foot. C’est quelque chose de familial qui me vient de mon grand-père. Il regardait à la télévision et je n’aimais pas du tout ça. Lui et mon oncle m’ont emmené très petit au stade de Gerland. Je ne comprenais pas tout pendant le match, mais je voyais leurs yeux briller. J’ai appris à aimer le football en aimant d’abord l’OL.

 

Ce sont vos premiers souvenirs précis ?

Oui, mais il y a aussi les logos. Plus précisément le logo scapulaire du club qu’il y avait sur les porte-clefs et le logo de la Coupe du Monde 1990 en Italie. Plein d’images me reviennent aussi pêle-mêle, le but d’Abedi Pelé à Strasbourg qui était top but de Telefoot, la génération Gava et puis, le souvenir vraiment très précis, c’est Lyon/Marseille en novembre 98. On gagne 2/1. Super coup-franc de Philippe Violeau face au virage sud. Marseille avait une grosse équipe avec Blanc, Flo Maurice, Pires. Mais ce coup franc revient très fort et très précisément dans mes souvenirs. Caveglia, Carteron, Delmotte, Laville, Dhorasoo, Bak, Linares, Malbranque, c’est vraiment une équipe et des joueurs qui m’ont marqué. Et puis j’étais fan de Frédéric Kanoute. On ne se rend pas compte mais ça a été un immense joueur. A Séville il a été extraordinaire, en Angleterre aussi.

 

« Je te l’avais dit Gone, je te l’avais dit qu’on allait être Champion »

 

Quelle est votre plus grande émotion avec notre club ?

C’est dur de choisir ! Mais je crois que c’est le premier titre de champion en 2002. Quand même, on fait un retour extraordinaire. C’est fou, je n’étais pas à Lyon, j’étais à Bordeaux. C’est la première et seule fois de ma vie où je suis allé là-bas. J’ai suivi la rencontre à la radio. A la fin du match, mes grands-parents m’ont appelé et on a pleuré ensemble. Je me rappelle encore des mots de mon grand-père : « je te l’avais dit Gone, je te l’avais dit qu’on allait être Champion ».

 

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C’est aussi ça le football, le lien entre les générations ?

Le lien, la transmission, c’est ça pour moi le foot. Ça peut paraître ridicule pour quelqu’un qui ne suit pas un club, mais, l’OL, ce sera jusqu’à ma mort. Ce sont mes souvenirs, mon enfance, mes racines, ma ville, mon grand-père. (ému) C’est vraiment très fort.

 

L’OL, c’est aussi quelque chose que vous entretenez et partagez ?

Evidemment. L’OL c’est tout le temps. Avec quelques exilés lyonnais, on a un groupe whatsapp. On parle de l’OL ensemble absolument tous les jours. Je vis depuis neuf ans à Paris et mon fils a six ans. Il n’a pas l’âge de suivre vraiment les matchs mais je lui inculque la culture OL. Il connaît les joueurs, il a les équipements. C’est très important pour moi. Dernièrement, j’ai pris en photo ma collection de maillots de l’OL. En me voyant faire ça, mon fils m’a demandé si un jour ils pourront être à lui. Je lui ai dit que quand je serai très vieux, je les lui donnerai. Lui répondre ça, sans réfléchir, m’a beaucoup ému.

 

Vous avez un rêve pour l’OL ?

Il y en a plein. Redevenir Champion de France, ce serait vraiment bien. Mais gagner la Ligue des Champions, c’est encore au-dessus. C’est le rêve suprême, parce que c’est beaucoup plus difficile. Surtout dans la formule actuelle.

 

« Le football a pris le relais de ce qu’était le théâtre à l’origine »

 

L’environnement professionnel et culturel dans lequel vous évoluez, le théâtre, est plutôt chic et feutré. Est-ce que ceux qui vous entourent savent que vous êtes fan de l’OL ?

Evidemment, ils sont tous au courant. A la Comédie Française, il y a des connaisseurs. Parmi les acteurs et les techniciens, il y aussi de grands fans. On parle tout le temps de foot.

 

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On pourrait penser que le théâtre et le foot sont très éloignés…

Il y a pourtant un lien évident. Le théâtre est immortel, mais le football a pris le relais de ce qu’était le théâtre à l’origine. C’est une sorte de catharsis, une purgation des passions. Auparavant, on allait au théâtre comme on va au stade aujourd’hui. On mangeait là-bas, on y allait en groupe, on hurlait, on participait au spectacle.

 

Le football vous a déjà servi dans votre carrière d’acteur ?

Tout me sert dans mon métier. Être acteur, c’est être artisan. Et mon outil, c’est moi. C’est mon corps, ma vie, mon caractère. J’incarne des rôles qui ne sont pas moi mais je les nourris de ce que je suis. Et dans ce que je suis, il y a évidemment le foot. Et le foot, pour moi, c’est la fidélité, la transmission, la famille, la générosité, l’amour des proches, le respect. L’OL me permet aussi de m’évader. Acteur est un métier très riche, où les sensations, l’imagination, les fragilités sont sans cesse sollicitées. Je joue beaucoup à la Comédie Française, entre cent et deux cents représentations par an et deux à cinq spectacles différents. Quand je joue une pièce le soir, j’en répète une autre la journée. Jouer, c’est être dans un état second. Quand je dois crier ou pleurer sur scène, même si c’est faux, mon corps le fait. Cent ou deux cents fois par an, c’est un peu comme un sportif de haut niveau. Le corps est éprouvé. Je dois me préparer, prendre soin de moi. Après les représentations, il y a encore l’adrénaline et il est difficile de dormir. Tout cela, je le ressens aussi quand je regarde l’OL.

 

« La force du théâtre, c’est qu’on peut tout faire »

 

Vous avez déjà imaginé une pièce sur le foot ?

Tout ce qui permet à un club d’avancer, tout ce qu’on ne voit pas, c’est fascinant. Y’a énormément de matière, sans vulgariser. La force du théâtre, c’est qu’on peut tout faire. On peut mettre en scène une mi-temps, un après-match. Quelle est la causerie, quels sont les dialogues entre les joueurs ? Et puis ce qui rend le foot éternel et passionnant, c’est que le scénario n’est jamais connu à l’avance : le petit peut encore battre le gros.

 

Notre quotidien a changé avec le confinement. Que faîtes-vous ?

Je lis énormément, plus que d’habitude. Je profite de ma famille. Et puis, avec la Comédie Française, on a lancé une web TV et une diffusion sur les réseaux sociaux depuis le 30 mars (https://www.comedie-francaise.fr/# ). Nous diffusons 7 jours sur 7.

 

Cette période particulière nous fait réaliser qu’on aime vraiment le foot…

Je suis très content d’en parler et en même temps gêné par rapport à tout ce qui se passe. C’est vrai, on a en quelque sorte perdu nos rituels, les matchs, les entraînements, les compos, les conférences de presse, les débats. On est actuellement un peu paumés. Mais on n’est pas du tout à plaindre. Ceux qui peuvent rester chez eux doivent le faire, car c’est une chance. C’est une chance de ne pas être obligé de sortir, c’est une chance d’être en sécurité. »

 

Du lundi au dimanche, retrouvez la Comédie Française sur https://www.comedie-francaise.fr/#