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Alain Caveglia : « Je ressentais les choses comme un supporter »

Publié le 28 mars 2020 à 06:00:00
Alain Caveglia : « Je ressentais les choses comme un supporter »
À l'occasion de son 52ème anniversaire, nous avons pu échanger pendant près d’une heure au téléphone avec Alain Caveglia, idole des tribunes lyonnaises depuis le milieu des années 90. Confiné chez lui, il s’est confié autour de quatorze questions. Quatorze thèmes en hommage à son numéro fétiche et à son joueur favori, le néerlandais Johan Cruyff. Celui en qui se reconnaissaient les supporters de l’OL nous fera même un aveu : « Moi aussi je me reconnaissais en eux ».

Bonjour Alain, comment vas-tu aujourd’hui et que deviens-tu ?

Je vais très bien. Je suis en bonne santé et ma famille aussi, ça c’est très important. Je suis en Normandie, confiné chez moi. Sur le plan professionnel, j’ai arrêté mon aventure avec le SM Caen depuis mai 2019. J’ai pris du recul, j’ai vu beaucoup de matchs (sauf en ce moment évidemment) avec plaisir, sans la pression des résultats. Bien entendu, je vais rester dans le football. J’ai retrouvé l’œil du passionné.

 

Te souviens-tu de ton arrivée à l’OL chez les jeunes ?

Très bien. Je suis arrivé en Minimes 2ème année. Je jouais à St Priest. J’ai fait un tournoi avec l’OL en fin de saison et c’est Monsieur Barde (NDLR : qui est toujours au club) qui m’avait demandé de venir. Ce n’était pas un énorme changement par rapport aux entraînements quotidiens sauf que l’OL était le club élite de la région et mon club de cœur. L’aventure démarrait.

 

Ton club de cœur, déjà ?

Evidemment. Mon père et mon frère m’ont emmené à Gerland très tôt. Mon gros souvenir, c’est le derby 1980, avec un monde fou. On était sous l’horloge. Ensuite, je suis allé au stade avec les potes des Minguettes.

 

En 1987, tu as 19 ans et tu quittes l’OL. Quels sont tes souvenirs et que ressens-tu à ce moment-là ?

Pendant mon passage chez les jeunes de l’OL, il y a quelqu’un qui m’a beaucoup aidé, c’est Gérard Drevet (NDLR : Educateur et ancien responsable centre de formation de l’OL). J’étais adolescent et il m’a beaucoup apporté. Ensuite, j’ai côtoyé de supers joueurs, qui sont devenus de très bons copains, et deux joueurs incroyables : Laurent Sevcenko et Eric Spadiny. Eux, c’étaient des phénomènes, les meilleurs de leur génération. Pour en revenir à mon départ, on dit souvent que je le club ne voulait pas me garder, ce qui n’est pas tout à fait vrai. Je jouais en Division 3, avec la réserve, et je voulais un contrat. Sauf qu’à cette période-là, les contrats pour les jeunes (aspirants ou stagiaires) étaient très rares. Dans le même temps, j’ai eu deux propositions (Chaumont et Gueugnon), alors je suis parti. J’ai choisi Gueugnon car c’était proche de Lyon et aussi parce que j’y connaissais bien certaines personnes (dont Paco Bandera, ex-attaquant de l’OL issu des Minguettes). C’était une vie différente, nous étions amateurs, même en Division 2. Je travaillais la journée dans des bureaux, puis, à 16H30, on s’entraînait. La deuxième année, nous avons eu le statut pro, car c’était devenu obligatoire.

 

Gueugnon, Sochaux, le Havre, et puis, en juin 1996, on te propose un transfert à l’OL. Comment cela se passe ?

C’est Bernard Lacombe qui m’appelle et me demande si ça m’intéressait de revenir à l’OL. J’avais plusieurs clubs qui me sollicitaient mais mon choix a été vite fait. J’ai d’abord eu beaucoup de fierté car j’avais toujours dit que je reviendrai. Ensuite, pendant les matchs de préparation, j’ai commencé à avoir pas mal de pression. Je revenais dans ma ville, devant toute ma famille et mes amis. D’ailleurs, pour mon premier match à domicile, contre Strasbourg, j’ai été nul. Contrairement à ce qu’on peut penser, il n’y a jamais eu de sentiment de revanche dans mon retour, car l’OL voulait me conserver chez les jeunes.

Tu parles beaucoup de la ville de Lyon. On sent que c’est majeur pour toi. Pourquoi ?

Petit, j’avais deux clubs qui me fascinaient : le Barça avec mon idole Johan Cruyff (c’est pour lui que j’ai porté le numéro 14 et que j’ai donné ce prénom à mon fils) et l’OL parce que c’était chez moi. J’écoutais tous les résultats grâce à la radio quand je n’étais pas à la maison. Lyon c’est ma ville. Quand j’entends aujourd’hui Anthony Lopes, je ressens un peu la même chose que lui. J’étais comme les supporters. J’étais allé dans les mêmes tribunes qu’eux. On dit toujours qu’ils se reconnaissaient en moi, mais moi aussi je me reconnaissais en eux. Je ressentais les choses comme un supporter. Je me sentais un peu en mission, surtout quand j’étais capitaine. La proximité était plus facile qu’aujourd’hui, sans les réseaux sociaux par exemple. Tout s’est fait naturellement. J’avais une relation privilégiée avec les Bad Gones, mais ce n’était pas Alain Caveglia tout seul, c’était tout le groupe qui était proche des supporters.

 

On va parler de quelques matchs européens qui sont restés dans les mémoires…Bruges…

C’est mon seul hat-trick en carrière, c’était un 8 décembre et c’était une qualification pour les ¼ de finale de Coupe d’Europe. Un truc de fou pour nous et pour l’OL. Je volais totalement. Et, pour le coup, c’était une revanche par rapport au match aller. Par deux fois, j’avais tapé sur le poteau et je m’en voulais. Ensuite, il y a Bologne. Je n’ai jamais ressenti une ambiance aussi incroyable en tant que footballeur. J’étais convaincu qu’on allait se qualifier après notre match aller raté et perdu 3/0. Dès l’échauffement, on avait tous la chair de poule. Les fans nous portaient. A la mi-temps, on mène 2/0 (soupir). Evidemment, sans la qualification au bout, c’est un regret mais c’est un souvenir gravé comme jamais. On a vécu un ¼ de finale de Coupe d’Europe dans notre stade en ébullition. Il n’a pas manqué grand-chose.

 

Et Marseille en mai 1997 ?

C’est un contexte vraiment différent. C’était le dernier match avec l’OL de supers copains et supers joueurs (Flo Maurice, Franck Gava, Marcelo, entre autres). On le savait dans le vestiaire. On voulait tous qu’ils partent sur une bonne note. Bon, en fait, ils ne sont pas partis sur une bonne note, ils sont partis sur une super bonne note (l’OL a gagné 8/0) (rires). Suite à ça, on gagne la coupe Intertoto, on fait des déplacements vraiment rigolos. C’est le début de la régularité européenne de l’OL.

 

Quel est le joueur le plus fort avec lequel tu as joué ?

A l’OL il y en a trois : Flo Maurice, Franck Gava et Sonny Anderson. Trois joueurs d’exception.

 

Et Le plus drôle ?

Luc Borrelli, toujours la banane, mon compagnon de chambre. Quoiqu’il se passe, il était toujours de bonne humeur et il donnait du bonheur à tout le monde.

 

Le décès de Luc en février 1999, c’est un moment douloureux…

Oui. On parle toujours de l’aspect sportif et émotionnel de mon passage à l’OL. Mais on a perdu un grand ami, une grande personne. C’est gravé en moi. La mort de Luc, c’est le drame absolu.

 

Ton 11 Lyonnais de rêve.

Coupet Delmotte, Garde, Laville, Carteron Violeau Laigle Durix Gava, Flo Maurice, Sonny.

 

Et toi, Alain, tu te mets où ?

A côté d’eux ! Mon poste préféré : numéro 10. J’ai fait mes meilleures saisons en tournant autour d’une pointe. Mais je vais te dire un truc : à la fin de ma carrière, j’aurais bien voulu reculer au milieu du terrain, un peu comme Daniel Bravo (NDLR : attaquant qui a fini milieu défensif) pour avoir le jeu devant moi, même si je n’avais pas son activité !

 

C’est sûr que les passes auraient été bien distribuées !

Oui, probablement. Bon, sur les contre-attaques et en défense, il aurait fallu distribuer un peu aussi… (rires) Je veux rajouter autre chose : A tous les Lyonnais, prenez soin de vous et de vos proches, restez chez vous. La situation est trop importante. On est tous ensemble et je crois que cette période va permettre plus de solidarité.