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Sur les pas de Pires... et d'Edmilson

Publié le 16 avril 2005 à 12:50:00
Sur les pas de Pires... et d'Edmilson

Sur les pas de Pires... et d'Edmilson

[IMG34441#L]Le café a eu du mal à passer ce jeudi 14 avril à 6h du matin. L'élimination de l'OL est trop présente encore... La vie continue cependant ; il y a le DVD sur les Brésiliens de l'OL à terminer. Direction les Saintes-Maries-de-la-Mer, où nous avons, avec le caméraman Valéry, rendez vous chez le fils de Constantino Pires, le premier brésilien de l'histoire olympienne (de 56 à 59). La Camargue resplendit sous le soleil ; un flamant rose s'envole majestueusement ; les chevaux attendent sagement l'heure de la promenade ; les taureaux sont bien loin de penser aux arènes prochaines ; dans quelques jours, les Gitans viendront de tous les horizons pour célébrer Marie. Cette région de France s'est embellie au fil des ans. Le soleil, les terrasses de café et ce parfum iodé invitant au farniente. En face de la capitainerie, José, le fils de Constantino nous attend avec les photos de son papa. Artiste peintre de renommée internationale, artiste pluri disciplinaire, il nous guide vers son atelier et nous parle de ce père décédé en 2002. «Mon papa était un Carioca (natif de Rio Janeiro) ; c'était un vrai brésilien. Il aimait le carnaval, la fête, le football, la famille. Il était croyant. Il ne s'énervait jamais. Sa porte était toujours ouverte. Mais il avait de la rigueur. Je tiens de ma maman, lorraine, ce goût des arts. C'est marrant, non... Aujourd'hui, quand je rencontre des gens qui ont vu jouer mon père, il me parle de « Tino ». En France, c'était Constantino ou Tino... je ne sais pas pourquoi... On le surnommait aussi le Seigneur... ». José refait sa route. « J'ai vécu 3 ans au Brésil avec lui. Il m'a poussé vers les études ; nous avons partagé là bas de très beaux moments, en assistant par exemple à un match au Maracana... »

On demande à José s'il se souvient du footballeur ? « Il était inter droit, comme on disait à l'époque. Il avait cette technique brésilienne, cette élégance. J'ai toujours pensé pour lui comme pour les autres brésiliens que la beauté des gestes était plus importante que le résultat. Lyon a certainement été la ville qu'il a préférée. Nous habitions près du Parc de la Tête d'Or. Pourquoi, il est venu en France ? Peut-être pour l'aventure. Il jouait à Fluminense; il était aux portes de l'Equipe nationale. La famille vivait très bien au Brésil... ». De l'atelier au restaurant, il n'y a qu'une centaine de mètres à parcourir. Tout le monde connaît José. Le fils a l'accent du midi ; sa vie est rythmée par la peinture et la foi. « Je suis venu m'installer ici, il y a quelques années ; je ne peux pas vivre sans la mer... ». Chaleureux sans ostentation, cultivé, curieux, joyeux, il confesse qu'il suit les résultats de Nîmes, Marseille et l'OL, les clubs de Constantino. « L'OL est devenu un très grand club. Quand j'aurais un peu plus de temps, je viendrais voir un match à Gerland. Ce sera un pèlerinage pour moi. Mon père, premier brésilien de l'histoire olympienne ? Je le savais et cela me fait dire qu'il est un peu sur un piédestal pour l'éternité... d'en parler, me donne des frissons ». Il nous prête des photos de la fin des années 50. Sur l'une d'elles, on reconnaît « l'ancien » Gerland... les survêtements de l'époque...

[IMG33848#R]On doit filer faire des images de Nîmes et vers Barcelone, ensuite, pour rencontrer Edmilson. « Merci de parler de mon père ; si vous avez besoin de quelque chose, n'hésitez pas... ». Un vrai brésilien à l'accueil merveilleux. Les Arènes, la Maison Carré, le Crocodile nîmois... la frontière... et les galères commencent avec un hôtel planqué dans un coin paumé derrière le Circuit de F1 où aura lieu le prochain grand prix début mai. On se dit que l'on ne risque pas de sortir ce soir, d'autant que la voiture nous fait un très sérieux coup de chaud avec début d'incendie ! Le téléphone rougit... assurance, assistance... La cerveza ne sera pas un luxe et Edmilson qui ne répond pas pour caler l'interview du lendemain.

Le vendredi matin, pas le temps de reprendre ses esprits. Il faut aller à l'aéroport pour récupérer un véhicule de location... en se demandant si « Edmi », injoignable, n'a pas oublié le rendez-vous. On cherche les solutions et la liaison entre les attachés de presse de l'OL et du Barca nous rassurera. Le champion du monde 2002 nous attend au Nou Camp. Avec l'aide du correspondant de l'Equipe basé à Barcelone, nous « trouvons » Pablo, l'attaché de presse du club catalan. « Il arrive... ». A 13h, dans un salon du stade, la longue silhouette de l'ancien lyonnais nous rejoint. Souriant, « le grand Edy » s'excuse : « j'ai perdu mon portable mercredi chez Deco... ». L'interview durera plus d'une heure. De Jau au Barca en passant bien sûr par l'OL, les questions, les réponses s'enchaînent. On lui montre les images tournées au Brésil. Il est ému ! « C'est à Jau que tout a commencé. Au début, je voulais juste ramener un peu d'argent dans la famille. Cela a été difficile. J'ai quitté le club 2 fois pour revenir à la maison. Je pleurais... Mon père, mon frère m'ont poussé à persévérer... ». Son arrivée à Lyon ? « Comme tout joueur de foot brésilien, tu as envie de venir en Europe, pour ta carrière, pour l'argent. L'OL ? Je connaissais, parce que Marcelo y avait joué. Tu sais, Marcelo, c'était, et c'est toujours, quelqu'un chez nous... [IMG31691#L]Le premier match ? Le derby. Je ne savais pas l'importance que cela avait. J'ai joué comme je savais le faire. Ton adaptation à la France ? Au début, je me demandais ce que je faisais ici ; j'ai pleuré. Et puis j'ai dit à ma femme que si j'étais là, c'est que cela faisait un sens. J'attendais un signe... il est venu un jour. Un souvenir marquant ? Mon but à Arsenal. Bergkamp avait ouvert le score en première période. Cela m'avait mis en colère. A la mi-temps, je me suis dit qu'il fallait faire quelque chose, qu'il allait se passer quelque chose... Et j'égalise. Je me suis mis à genou et j'ai tendu un doigt vers le ciel. Paul Le Guen ? C'est le meilleur entraîneur français. J'espère qu il ne va pas partir. Au Brésil, tout le monde voudrait qu'il entraîne la Selecao. C'est comme cela. Quand tu réussis avec un club, les gens veulent te voir avec l'Equipe Nationale. Le président Jean-Michel Aulas ? « Je me suis toujours bien entendu avec lui. Il fait avancer les choses ; ils pensent à ses joueurs. Un grand Monsieur et il est malin... Ton départ ? J'avais toujours dit que si j'avais une proposition bonne pour moi et pour le club, je partirais. Cette proposition, elle est venue alors que j'étais encore sous contrat avec l'OL... mais je ne voulais pas partir la saison précédente. je voulais terminer sur une note différente... L'OL 2004-2005 ? Depuis mon arrivée en Europe, ce groupe est incontestablement le plus fort. L'OL gagnera un jour la Champions League et j'espère qu'il va remporter le championnat avec plus de 20 points d'avance.... ».

[IMG32799#R]Le temps de changer la batterie de la caméra et l'on termine l'interview. « L'OL ma fait grandir ; m'a apporté de l'expérience ; moi, je crois que je lui ai apporté ma foi, mon envie de gagner. Ton geste préféré sur un terrain ? Récupérer le ballon dans ma surface, remonter tout le terrain et marquer. Oh oui, j'aime ça. Mais les gens, ils ont peur ! Le coup du foulard ? La première fois que je l'ai vu, c'est à Jau. Le gars, il a marqué de cette façon en reprenant un centre. Alors, j'ai travaillé le geste à l'entraînement jusqu'à ce que je le réussisse. » " Edmi" nous parle aussi de Dieu, de ce qu'il fait au Brésil, mais avec de la pudeur. "Je suis prêt à aider les gens à condition qu'il fasse eux quelque chose". De l'argent. «Si un gars te dit qu'il ne joue que pour le plaisir, c'est un menteur ! ». De son agacement sur les pelouses. « J'ai trop envie de gagner ; et tu sais, j'ai changé. Au début, j'en ai pris des cartons rouges. J'avais été suspendu 3 mois au Brésil... »

Edmilson a quitté l'OL, cet été pour le Barca. Alors ? « C'est un autre monde. La presse traque tous les jours les joueurs... mais l'ambiance entre nous est vraiment extraordinaire. Je ne pensais pas qu'elle serait ainsi. Il n'y a pas de comportements de stars. Quand, cela ne va pas bien, on se réunit et tout le monde parle. Un joueur t'a surpris ? Etoo. Il jouait à Majorque, il marquait des buts, mais faire ce qu'il fait ici, je ne l'imaginais pas... même s'il aurait pu inscrire le double de buts... ». Au fait, comment tu vas ? « Après mon opération des ligaments croisés du genou droit, il y a six mois, je suis parti 2 mois au Brésil. Puis je suis revenu en Espagne. Je pense que je vais faire 2 ou 3 matches d'ici la fin de saison. Pas question de prendre des risques. Je veux surtout être prêt pour la saison prochaine. Je n'ai plus mal. Cela a été très difficile au début ; jamais je n'avais été blessé sérieusement. La Selecao ? Pour être sélectionné, il faut jouer. Il y a tellement de très bons footballeurs au Brésil... ». Avant de nous quitter, il nous dit qu'il a gardé que des bons souvenirs de Lyon ; il parle de Chanelet, Foe, Cacapa... ; des gens qui travaillent à l'OL ; des supporters. «Dis leurs que je vais bien ; je pense à eux. Je vais venir bientôt à Lyon. Au fait, tu veux filmer l'entraînement cet après-midi ? Viens à 18h... »

[IMG30388#L]On profite des 2 ou 3 heures libres pour naviguer dans cet immense lieu de vie que constituent les installations du Nou camp. Des gens de toutes nationalités qui paient pour manger, pour acheter des produits « locaux », pour visiter le musée, le stade. L'argent emplit les caisses du club ! A 18h, l'ancien lyonnais range sa voiture dans le souterrain réservé aux joueurs. Avec lui, on reconnaît l'ancien buteur du Celtic Larson. Quelques minutes plus tard, nous allons vivre un des plus grands moments de notre métier. La caméra est installée sur la magnifique pelouse du Nou Camp. Edmilson et son préparateur physique vont faire une séance dans cette somptueuse ... rien que pour nous. En mocassin sur la moquette verte, la réalité ne peut rejoindre les rêves les plus fous. Quelques visiteurs ont reconnu Edmilson qui se prépare. Ils sont Lyonnais et se font entendre ! 10 minutes après, le stade est vide. Seul, un chat navigue « incognito » entre les sièges à la recherche d'un bonheur à croquer. « Il est beau ce stade. Tu te souviens, on avait joué avec l'OL. En première période, nous avions été bons. Ah cette tête de Cacapa et les arrêts de Greg... Dimanche dernier j'ai assiste au Classico à Madrid. Le stade du Real est encore plus impressionnant. L'ambiance ? La plus belle que j'ai connue, reste sans doute celle du match Celtic - OL. Incroyable ». « Edmi » va faire quelques exercices... puis il touche le ballon avec cette élégance qui lui est propre. L'objet de ses désirs devient un jouet de plaisir. Valéry filme sans se rendre compte vraiment de la rareté de l'instant. "J'ai bien travaillé cette semaine; je suis fatigué. Ce week-end, je vais me reposer au bord de la mer avec ma femme et ma fille...". Son préparateur physique ajoutant: "Le problème aujourd'hui? Il faut le freiner...". Les choix pour ce DVD sur les Brésiliens de l'OL seront cornéliens...

[IMG30097#R]A 19h, il faut reprendre la route. Des kilomètres d'avenues pour sortir de la capitale catalane; des bouchons ; la pluie ; la nuit ; un casse-croûte type station-service. Inutile de prendre des risques... on coupe le contact à Nîmes. En repartant le lendemain de la cité romaine, la météo fait des siennes. Avant Montélimar, il commence à neiger ; Valence a revêtu on habit blanc... puis la pluie ! Décidemment, 48 heures « inoubliables ». On se replonge en arrivant au siège dans l'actualité du week-end... avant de repartir mardi à l'aube... au Qatar sur les pas de Sonny Anderson.

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