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Gérard Bonneau: Itinéraire d'un sacré battant

Publié le 10 mars 2005 à 18:02:00
Gérard Bonneau: Itinéraire d'un sacré battant

Gérard Bonneau: Itinéraire d'un sacré battant

[IMG34272#L]Un père d'origine bordelaise, militaire de carrière dans l'armée de terre ; une mère pied-noir espagnole ; des grand parents qui ont quitté l'Algérie pour venir s'installer à St-Priest. Le 4 avril 1954 naît à Lyon le petit Gérard Bonneau. « Au gré des mutations, mon père est venu à Lyon à la caserne du 7ème ». L'enfant grandit ; l'école ne le passionne pas outre mesure. Le foot... oui. Mais par manque d'ambitions, ce milieu défensif gaucher, puis latéral, en restera au niveau régional. ASVEL Villeurbanne, l'AS Buer, les Municipaux de Villeurbanne... un séjour de 3 saisons, de 78 à 81, dans les Alpes-Maritimes à Nice Serel, en Corpo ; puis dans un autre club. De 76 à 90, en tenant compte de la parenthèse azuréenne, Gérard bosse au Service des Sports de la Mairie de Villeurbanne. Animation des jeunes, piscine, tennis... Il se sent chez lui dans son quartier ; il y connaît tout le monde. « Je manquais de caractère ; je n'étais pas trop sérieux... Et puis mon mariage m'a transformé. J'avais 28 ans. J'ai commencé à préparer mes diplômes d'entraîneur. Au départ, je voulais me prouver que j'étais capable d'arriver à quelque chose dans la vie ; ensuite, l'entraînement est devenu une passion ».

Gérard reprend les cours du soir. «Il fallait que je fasse une remise à niveau... ». Parallèlement, il s'occupe des Juniors Critérium à l'ASVEL avec le soutien d'Ali Doudeche. «Nous avons fini 2ème derrière l'OL. J'ai connu Gérard Drevet et Alain Thiry. Il y avait des places de disponibles à l'OL en 84. Et à 30 ans, je suis arrivé dans ce club. Je m'occupais des Cadets 3 et 4. Les responsables de la catégorie étaient à l'époque Roger Vignat et Gérard Drevet. Le matin, je bossais à la mairie de Villeurbanne et l'après-midi, je m'occupais de mes cadets et je travaillais avec Alain Thiry aux Sports Etudes ». Un programme chargé de 84 à 90 Et s'il finit avec les Cadets 1, il doit aussi suivre les cours, ouvrir les livres... «Pour me faciliter les choses, à la Mairie, je suis passé à la voierie le matin : éboueur en somme. J'ai passé mon BE1 en 86... »

[IMG34309#R]Sa fille Julie est née en 84 ans. « En 90, à la refonte des championnats de jeunes, j'ai pensé qu'il était préférable que je quitte le club...Je me suis alors tourné vers l'entraînement des séniors jusqu'en 94 ». Rillieux (DHR) ; adjoint de Marc Sitbon à l'AS Villeurbanne en D3 ; Tassin ensuite avec un 1/32ème de finale de Coupe de France face à Pont-St-Esprit ; La Duchère en National et adjoint de Richard Ruffier. Et puis, c'est le drame avec le décès de sa femme Jocelyne. «Elle a été victime d'un cancer fulgurant. Du jour au lendemain, je me suis retrouvé seul avec ma fille. Le plus important dans ma vie, c'était Julie. Il fallait que je sois avec elle... ». Gérard assume. Pour sa petite, il modifie sa vie; adapte son emploi du temps; il file un coup de main à Jacques Ogier au District du Rhône. Il devient, en 94, éducateur sportif dans ce district et ce pendant 2 ans ; avant de prendre les fonctions de CT Fédéral. Il est chargé des détections, des examens... Sa Julie a grandi... en 2000, il revient à l'OL et aide Alain Thiry au recrutement des jeunes. « Titi » parti à la retraite en 2003, Gérard prend les galons de responsable du recrutement. En 2004, il retrouve, en parallèle le terrain en étant l'adjoint d'Armand Garrido, responsable du groupe des 16 ans.

Alors Gérard explique nous ton travail à la cellule recrutement des jeunes ? «Ecoute, c'est d'abord un travail d'équipe. Je gère 12 personnes. Au bureau, il y a Eliane Dutheron et Jacques Gensel. Ils s'occupent de la partie administrative. Il y a 3 éducateurs dans la région Rhône-Alpes (Jean-Luc Rolland, Alain Dutheron et Yves Cécillon). Il y a aussi Jean-Paul Minary. Et puis nous avons des personnes qui travaillent sur les autres régions : 3 en région parisienne (Nordine Ainseba, Philippe Lamboley et Bruno Marcomato) ; 1 dans le Midi (Gilles Signeret) ; 1 en Midi-Pyrénées (Francis Lorrente) et 1 dans le Nord (Michel Morneau). Ces gens là observent ce qui se passe dans les Centres de Préformation à Clairefontaine, Castelmoron, Châteauroux, Vichy) ; ils observent les gamins de 12, 13, 14 ans. Il suivent les équipes des 13 ans Ligue et Honneur ; celles des 14 ans fédéraux. Et selon ce qu'ils voient, ils me téléphonent. On observe jusqu'à une dizaine de fois un jeune. Ensuite on se met en relations avec la famille, le club. Nous on a comparé le jeune avec les joueurs que nous avons déjà.On peut le faire venir à Lyon pour un essai... Ensuite, c'est une décision collégiale avec tous les éducateurs. Parfois, le temps presse, parce que l'on sait que le gamin est suivi par d'autres clubs. Dans ce cas, s'il est vraiment très bon, J'en parle à Alain Olio et on décide tous les deux. Ce fut le cas pour la venue de Damien Plessis, aujourd'hui international ».

Presque un parcours du combattant... Il y a forcément des critères à respecter pour intégrer le Centre de Formation de l'OL. «Les incontournables sont avant tout la vitesse, la puissance, l'intelligence dans le jeu ; il y a la technique individuelle, mais elle peut s'améliorer plus facilement que les autres domaines...Pour entrer à l'Ol, il faut se situer dans la première partie du groupe. Jusqu'en 14ans, le recrutement est avant tout régional ; en 15 ans, il y a aussi le national. Notre gros du recrutement se situe chez les 12,13 et 14 ans. Après, c'est exceptionnel. On peut aussi laisser un gamin dans son club avec un contrat de non sollicitation, si on pense que c'est mieux pour lui ».

[IMG32300#L]Comment passer sous silence l'arrivée d'Hatem Ben Arfa. «Alain Thiry suivait Hatem depuis qu'il avait 12 ans. Cela semblait un dossier inaccessible. Je crois que le premier élément déclencheur auprès de la famille a été ce suivi régulier à Clairefontaine. Après, Bernard Lacombe est entré en jeu. Hatem et sa famille sont venus visiter le Centre ; assister au match OL - PSG (3 à 0)... et sa venue a été entérinée ». Gérard ne donnera pas de nom, mais l'OL suit d'autres prodiges. «Il ne faut pas trop se dévoiler par rapport à la concurrence, même si aujourd'hui, le club bénéficie de la vitrine de son équipe professionnelle. Cela facilite les choses auprès des jeunes et de leurs familles. Les satisfactions de ce métier? «La satisfaction de les voir réussir ici ou ailleurs. C'est le résultat de toute une équipe. Mais, on veut leur donner une bonne formation footballistique et scolaire. Après si le gamin passe pro, c'est super. Recruteur ? C'est un travail de relations. Il faut que la confiance mutuelle s'installe entre le club et la famille. J'aime cet aspect de mon job ».

Notre homme rappelle que le talent ne suffit pas et qu'il faut inculquer cette vérité aux jeunes. « Le plus difficile, c'est d'avoir le mental. Notre équipe travaille sur le long terme et en plus à l'OL, nous avons vraiment d'excellentes structures avec 1 médecin, 2 kinés à temps complet. L'avis médical nous guide aussi pour prévoir l'évolution physique du jeune. Cela nous aide dans notre réflexion ; cela nous amène à faire preuve de patience avec tel ou tel gamin... ».

Gérard parle comme il marche... avec énergie; la passion pousse les propos. Il a bataillé pour changer sa vie ; pour oublier, pour assumer ses peines, encaisser les coups... pour avancer. Il a fait preuve de ténacité en obtenant, notamment, son BE2 en 96. « Je suis un mec un peu speed. Je fonce et avec l'âge, j'ai appris à réfléchir. Avant, je fonçais tout court... J'allais un peu n'importe où. Un jour, je m'en suis rendu compte. Je me disais que mes parents avaient tous les deux un coeur énorme ; qu'ils m'aimaient ; que je ne pouvais pas les décevoir. Et puis, mon mariage m'a complètement transformé. Lorsque mon épouse est décédée, j'ai franchi une autre étape. J'ai compris que si moi, j'avais perdu une compagne, ma fille avait perdu une mère. Il a fallu que je réponde présent. Julie est devenu la prunelle de mes yeux. Cela m'a rendu plus fort. J'ai été obligé de faire le deuil rapidement, sans vivre pour autant une autre histoire ; pour la petite, le deuil s'est produit il y a peu de temps. Aujourd'hui, elle a 20 ans ; je la sens bien dans sa peau... et tout est plus facile pour nous deux». Jamais sans sa fille... jamais, même si la vie lui donnera les ailes de l'autonomie. « Je sais que nous serons toujours très proches... ».

[IMG34310#R]Entre le bureau et le terrain, le temps ne suspend pas son vol pour autant. « C'est un boulot très prenant ; il faut être toujours en éveil. Alors tu me demandes si j'ai des loisirs ? Je joue toujours au foot, notamment avec les Gones. Quand je vois un ballon, j'ai envie de taper dedans. Je me débrouille au tennis ; je fais un peu de course pédestre. J'aime bouger. J'ai besoin de faire des efforts pour canaliser mon agressivité. Après je suis bien. Autrement, j'apprécie le Café Théâtre ; j'aime chanter ; je débute depuis 20 ans la gratte... J'aime la vie. Cette vie m'a fait comprendre des choses. Et puis tu sais, je n'ai pas l'impression de travailler. C'est une passion. Je crois aussi que j'ai réussi à prouver que je pouvais faire quelque chose. L'OL ? Ce club a été à la base de l'apprentissage de mon métier ; pour moi, il a toujours été une référence dans le monde des professionnels ; quand je suis parti, j'ai toujours dit que je reviendrais un jour ; enfin, l'OL, c'est mon entreprise et je respecte mes employeurs. Des ambitions ? Il faut toujours que je fasse des projets. Je n'aime pas le routinier. Tiens, au niveau du recrutement, on va peut-être se tourner un jour vers l'international... nous avons des relations un peu partout... Il est important dans ce travail d'avoir un très bon réseau ». Le foot Gérard ? « D'abord un jeu... une passion... et un métier. Tout part du jeu... surtout chez les jeunes... ».

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