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Gérard Drevet : Un véritable sacerdoce...

Publié le 18 novembre 2004 à 14:41:00
Gérard Drevet : Un véritable sacerdoce...

Gérard Drevet : Un véritable sacerdoce...

[IMG33239#L]C'est une grande partie de l'histoire de la vie d'un gars de 60 ans, le 4 décembre prochain, qui a entamé en juillet dernier sa 23ème année à l'OL. Un papa lyonnais; la maman ardéchoise. Gérard Drevet est né à St-Martin-d'Ardèche, un petit village de 650 habitants, 10 fois plus l'été, situé à la sortie des célèbres Gorges. Il arrive à Lyon à 10 ans. Comme tous les gamins de cette époque, il tape dans la gonfle au patronage, dans la cour de l'école. L'OL est bien évidemment déjà le club phare de la ville. Son papa lui prend une licence. «On s'entraînait le dimanche matin au stade Bochard de Vaulx-en-Velin. En habitant à la Croix-Rousse, j'en avais pour 2 heures de bus avant d'arriver au stade. Du coup, la saison suivante je suis allé au club des Chartreux devenu ensuite le Football Club de la Croix-Rousse... ». Gérard avait mis ses petits pieds dans le monde du ballon rond ; il ne savait certainement pas, en 1955, la place qu'allait prendre cet élément, dans son existence.

L'enfance, l'adolescence, le service militaire de 16 mois et le monde du travail dans le bâtiment. Son métier : métreur-commis d'entreprise pendant 18 ans. En janvier 82, il fait partie, Chez Fougerolles, d'une énième vague de licenciement. Il va plonger à plein temps dans le football... à l'OL. Le football, il n'a jamais cessé de le côtoyer. Attaquant au FC Croix-Rousse, il claque entre 20 et 30 buts par saison au niveau Ligue ; il s'occupe aussi des jeunes de son club. En ces années là, l'Olympique Lyonnais n'a pas les installations de Tola Vologe. Les cadets s'entraînent par exemple sur le plateau de la Croix-Rousse. Et c'est comme çà que tout démarre. Un dirigeant lui demande s'il ne voudrait pas venir entraîner les poussins-pupilles. Il accepte. Pendant 7 saisons il prendra, sur ses vacances, son mercredi après-midi pour entraîner ces gamins, sans les voir jouer en raison de ses propres matches à disputer. Poussins, pupilles, puis les juniors. En 75, il se charge des juniors avec « Lulu » Genet, le père de Guy. « Ils jouaient le dimanche matin ; je les suivais et après j'allais jouer... A cette époque, je filais le soir un coup de main à Alain Thiry qui s'occupait de l'équipe honneur ; j'en faisais autant avec le Centre Sport Etude Vendôme qui venait d'être créé. Cela faisait des journées bien remplies »

Puis, il y a eu la création du Centre de Formation à la Villa (Oullins). En 78, Gérard accompagne les Cadets qui vont jouer la finale de la Coupe Pierre Nicolas à Nantes contre Nice. « L'entraîneur était Roger Durand, le papa de l'ancien international Jean-Philippe ; les gamins ont gagné. J'ai pris ensuite ce groupe jusqu'en 89. Ce groupe est devenu la vitrine des clubs ; j'ai vu passer les Spadiny, Fugier, Fournier... On a gagné plusieurs titres, fait de nombreuses finales... Fin des années 70, début des années 80, l'OL est venu s'installer à Tola Vologe. Les bâtiments du Centre étaient à l'époque un hôtel des sports de la ville de Lyon. Le club y a installé son siège et une partie hébergement. Il y a eu la création de chambres et d'un coin restauration. Une vieille dame s'en occupait, on l'appelait la Mamie. Elle est partie à la retraite et on m'a proposé de devenir le maître d'internat du Centre de Formation. Le papy Chaboud a pris la partie restauration. Nous étions le 1er juillet 82 ; j'étais au chômage depuis janvier. J'ai accepté. En plus de ce poste, j'étais donc entraîneur et l'intendant des professionnels. Je ne faisais pas les déplacements. Ce travail n'avait rien à voir avec celui de Guy Genet aujourd'hui... »
Gérard est présent 24h sur 24 dans les mûrs olympiens ; il a un appartement sur place ; il travaille 7 jours sur 7. « En ce temps, nous avions 3 semaines de vacances et 3 jours à Noël... mais on en profitait pour entraîner un peu plus les gamins. Du coup, les jours de repos étaient plutôt rares ».

[IMG33238#R]Le Centre de Formation en est à ses débuts. «Au départ, il n'y avait pas de mineurs et petit à petit, cela a changé. Mon boulot aujourd'hui est plus administratif que sportif. Il faut surveiller que tout se passe bien; que les gamins ne fassent pas de bêtises... ». Le terrain ? « En 89, Raymond Domenech m'a demandé de prendre l'équipe honneur. Je l'ai gardée jusqu'à sa dissolution en juin 2003. Pendant cette période, j'ai été au Centre avec José Broissart. Quand Jean Tigana est arrivé, le club a pris un intendant à plein temps pour le groupe des pros et moi j'ai gardé l'intendance du matériel des amateurs. J'ai accompagné Armand Garrido lors des phases finales des 16 ans, des 17 ans. Depuis que le groupe honneur n'existe plus, je suis avec Patrick Paillot en moins de 18 ans. Je les suis partout sauf en déplacement à l'exception des phases finales... »

Le maître d'internat, entraîneur, intendant revient sur le passé. « Quand je m'occupais des gamins à la Croix-Rousse, j'ai rencontré Jean Baeza, Yves Mariot. Ils ont entraîné le club. C'est Jean Baeza qui m'a poussé à passer mes diplômes. J'ai obtenu mon BE1 spécifique la même année que Bereta, Larqué... Après, il m'a été impossible de passer la suite ». Cette longue histoire personnelle fait partie de l'évolution du club. « Quand je suis arrivé nous étions 3 voire 4 salariés ; aujourd'hui 150. C'est une superbe aventure. Et puis, on avait l'impression que tout le monde faisait du très bon boulot, mais il manquait les titres. Ces titres ont été la récompense de tout le travail. Le club est passé de l'étape familiale à celle d'une grosse entreprise... Moi, j'ai eu la chance de connaître une succession d'événements, des personnes différentes, d'avoir des résultats ».

Joueurs, entraîneurs, dirigeants... ils sont bien présents dans la mémoire de Gérard, même s'il a quelques notes griffonnées sur un bout de papier. « Aimé Jacquet m'a énormément marqué. Il était simple, disponible, minutieux. Il notait toujours tout. Sonny Anderson, quelle classe sur un terrain et en dehors ! Bien sûr, je ne peux oublier les Kopa, Zidane, Platoche... ou le trio Di Nallo-Chieasa-Lacombe Le foot ? Il a évolué. Il est devenu plus physique ; il y a plus de matchs ; les effectifs sont plus importants. Mais un bon footballeur n'a pas d'époque. Et pour réussir, il faut toujours avoir une qualité essentielle : le mental. Si tu n'es pas un gagneur à l'entraînement, en match, tu ne peux pas réussir une carrière. J'en ai connu des gamins qui avaient tout le reste... sauf le mental. Un Genesio, quand il est arrivé à 8 ans, il était déjà le même que 15 ans plus tard. Maurice, aussi. Tu le devines très vite si le gamin va réussir. Dans le groupe des 18 ans de cette saison, il y a joueurs qui font vraiment plaisir... »

[IMG33237#L]Au fait, comment se comporte le maître d'internat ? « Je suis sévère mais juste. Je ne fais pas de cadeaux et je trouve que je suis parfois encore trop gentil. Il faut être psychologue. Quand tu entraînes un gamin que tu as au Centre, c'est plus facile. Des chouchous ? Je n'aime pas ce mot. Forcément, il peut y avoir « une préférence » en générale avec ceux qui sont un peu en retard, qui rament mais qui vont y arriver. Je pense à Rémy Garde ».

60 ans dans quelques jours. La retraite ? « Je pourrais arrêter, mais pour l'instant, le problème ne se pose pas. Je crois que les gens au club ont envie que je continue et moi aussi. Et aujourd'hui, je peux prendre un peu plus de vacances». L'Ardèche ? « J'y retourne souvent ; il y a mes parents (84 ans et 82 ans) ; mes petites affaires; les copains, les balades à pied, le bricolage, le jardinage, les discussions de café, la pêche. Lorsque les poissons me voient arriver... ils prennent peur! Les gens voudraient que je m'investisse à la mairie ou ailleurs... Quand tu y retournes, sans y vivre en permanence, c'est vraiment un autre monde ».

Debout à 6h 30, jamais couché avant 23h, Gérard ne sait pas si "ce sacerdoce" lui manquera un jour. « On verra ». En attendant une autre vie, ses yeux bleus, d'une clarté cristalline, sont emplis de ce passé si riche, de ce présent très prenant. Gérard, il a un côté bourru ; il est carré, exigeant, pudique. Avec sa voix de pierre, sa pogne de terrien, son visage de marin, on sent qu'il ne faut pas lui marcher sur les pieds. On le devine solitaire, solide en amitié. Et le qualificatif d'attachant lui va comme un gant. Au fait, cet employé, le plus âgé du club, est aussi le secrétaire du CE depuis 5 ans. « C'est sympa. Avec le CE, grâce aux joueurs, on peut faire plein de choses intéressantes... »

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