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Robert Beroud: Le goût des autres

Publié le 08 octobre 2004 à 14:25:00
Robert Beroud: Le goût des autres

Robert Beroud: Le goût des autres

[IMG32823#L]Depuis plusieurs semaines, il n'a pas de domicile fixe. Robert Beroud, le directeur pédagogique de l'OL attend en effet son nouveau bureau. Cela ne le dérange pas plus que cela. Un coin de table dans une salle fait l'affaire. Ce professeur de philosophie s'est très vite orienté vers l'administratif ; chef d'établissement puis proviseur au lycée Faÿs jusqu'à la retraite en septembre 2001. Retraite ? « Je suis né au mois de janvier 1940 à Thizy. Je dois être le doyen du club que j'ai rejoint à plein temps le 1er novembre 2001 en acceptant la proposition de Jean-Michel Aulas ».

L'OL, un club qu'il fréquente de près depuis une trentaine d'années. Ses premiers interlocuteurs ont été Marino Faccioli et Jean-Marcel Ferret. «Un jour l'ancien basketteur de l'ASVEL Gérard Sturlat, alors CTR de basket, est venu frapper à ma porte. On a mis sur pied un dispositif d'accueil des sportifs de haut niveau, au départ pour les basketteurs. Il y avait avec nous Jean-Marcel Ferret qui était à cette époque le médecin de la Ligue de basket. Puis très vite tout cela a évolué en sections omnisports. Nous avions bien évidemment noué des contacts avec l'OL. Nous avions régulièrement une vingtaine de disciplines concernées ; cela dépendait des années, un peu comme les bons vins... »

Le Haut Niveau s'adressant à des candidats ayant déjà une pratique nationale, voire internationale ; concernant, aussi, tout espoir qui était sur le point d'arriver à ce niveau. La structure scolaire était offerte à ces clients. « Mais très vite avec Jean-Marcel, José Broissart, nous nous sommes aperçus que nous étions à côté de la plaque. Ce que nous proposions n'étaient pas encore satisfaisants. Un chiffre : nous avions 35% de réussite au Bac. C'était l'époque de Rémi Garde. Nous étions persuadés de pouvoir faire mieux et un jour après une réunion décevante avec Fournet-Fayard, Jean-Marcel a eu l'idée d'imaginer le système qui est en place aujourd'hui... à savoir décaler la préparation du BAC de 3 à 4 ans. Un véritable étalement avec des enseignants qui ont mis en place un enseignement individualisé parce que tous ces jeunes sont forcément absents au cours de leur scolarité. L'enseignant invente sa solution, crée des modèles. Le temps ne devient plus une fixation ».
[IMG32826#R]Et cela marche si tout le monde joue le jeu. « Ceux qui ont réussi ont joué le jeu à fond. Nous avons souvent constaté que les progrès sportifs ont amené en même temps des progrès scolaires. Les jeunes se débarrassent de l'aspect négatif de l'effort ; ils sont comme aspirés par un nuage de réussite. Ceux qui ont échoué ont été incapables de gérer la pression ; ils n'avaient pas le sens des réalités, du respect des engagements. Le système tout seul ne suffit pas. Les parents ont un rôle considérable à tenir ». Et Robert ajoute : « nous voulons réussir scolairement, en priorité, avec ceux qui ne réussiront pas sportivement. Et l'obtention du BAC n'est pas obligatoire. La génération de Farid Benstiti, par exemple, le démontre. Ils n'ont pas tous eu ce diplôme, mais ils ont acquis un certain nombre de valeurs, de principes ; aujourd'hui, ils ont tous dans leur métier des responsabilités ». Pour réussir dans cet enseignement, il y a du marquage à la culotte de la part des enseignants. « Et moi, Je suis tenu informé en temps réel du moindre problème... ». Qui décide de l'intégration au Centre de Formation? « C'est quasiment toujours le sportif qui prime ; mais il arrive qu'un jeune ne soit pas retenu pour d'autres raisons. Je me souviens avoir mis mon veto pour un jeune qui est devenu par la suite international et champion du monde. Je pensais et je pense encore qu'il fallait qu'il signe ailleurs pour réussir. Et tout au long de sa vie à l'intérieur du centre, il n'y a pas de règle stricte pour garder un jeune ou pour ne pas le garder. Le Haut Niveau, par principe, fluctue tout le temps. Il faut être souple ». Bon an, mal an, une cinquantaine de jeunes sont pensionnaires du Centre de Formation (ce système de scolarité ne concerne pas la pré formation).
[IMG32824#L]Assis à ses côtés, on ne voit pas le temps passé. Robert dégage énormément de sérénité qui n'a rien à voir avec la couleur neigeuse de ses cheveux ou le poivre et sel d'un barbe bien taillée. Ce « sage » a bien évidemment des certitudes, mais elles sont nourris élégamment par la remise en question permanente. Cela rend son intelligence, son savoir accessible, convivial. On l'imagine facilement prêtre, médecin, conseiller... Fragile d'apparence, il dégage une force incroyable. Quant il dit qu'il peut se mettre en colère, on le croit volontiers. « Je suis capable des plus grandes indignations vis-à-vis des élèves, des parents, des profs... J'ai l'esprit large, mais je ne transige pas avec certaines valeurs, comme le respect à autrui. Parfois dans l'expression de cette colère, j'en rajoute un peu ; c'est ma fonction qui veut cela... On m'a toujours craint». Pas question de se laisser aller à des sympathies, à des préférences. « Je ne peux pas avoir de chouchous. En revanche, j'ai gardé des contacts avec de nombreux anciens membres du Centre de Formation. Les choses se font après. Romarin Billong, par exemple, m'a invité à son mariage ; on se téléphone régulièrement ; avec Flachez, Benstiti et d'autres, aussi. Romarin, je l'ai « cartonné » d'entrée ; il s'en souvient encore. Cela l'a stimulé... ».

Son job aujourd'hui, en autre, est de recevoir les parents et le futur membre du Centre. De comprendre ce qu'ils souhaitent vraiment; de percevoir leur volonté de jouer le jeu. « Il filtre », avant de passer "le bébé" à son successeur en poste au Lycée Faÿs pour que celui ci décide. « Il me dit en souriant qu'il est tranquille... ». Comment ne pas revenir un instant sur son parcours professionnel. « J'ai goûté très tôt aux tâches administratives lorsque j'étais pion à La Martinière. A cette époque, c'était un monstre concentré en un seul lieu. Ce lycée était ouvert du lundi au samedi de 7h à 21h. Je n'étais pas surveillant ; j'étais attaché aux travaux administratifs (emploi du temps, gestion des professeurs...). Lorsque je suis devenu prof, ce contact avec d'autres personnes m'a manqué. J'ai toujours aimé les contacts avec les milieux différents. Je me suis orienté vers l'administratif tout en donnant des cours du soir. Ne faire que la classe, m'aurait rogné les ailes ». Le philosophe... quelle philosophie ? « Celle des modernes ; l'existentialisme. En FAC, j'ai eu 2 grands pontes : Deleuze et Maldinet. Ce dernier est aujourd'hui un Monsieur de 92 ans ; je le vois régulièrement ; à chaque fois, c'est un moment de pur bonheur... Je suis d'accord avec lui pour dire que l'Homme est au centre du discours et qu'il ne faut surtout pas le réduire en des stéréotypes ». Robert avoue que certaines personnes viennent le voir pour lui parler de leurs problèmes. Confident ? Psychologue ? «Dans nos études de philo, nous étions obligés de suivre des cours de psychopathologie. Mais comme je suis incapable de faire payer... serais je un bon médecin ? »

Robert et le sport ? Clairement, ce n'était pas son truc ; le hasard, comme il dit, a fait que ! Le hasard de sa rencontre avec Gérard Sturlat. « J'étais plus tourné vers les arts, la culture. J'apprécie énormément le jazz ; classique et celui aux teintes brésiliennes de Gilberto Gil. J'apprécie aussi la littérature hispanique... ». Quand on croise le directeur pédagogique dans un couloir du siège, dans les allées de Tola Vologe, son côté strict cache le plaisir qu'il prend à faire son travail. « Je me régale ; je m'amuse et ce depuis toujours. Je compare cette finalité de construire au travail d'un entraîneur. Lui aussi construit quelque chose. Il y a au bout la réussite, l'échec... les interrogations parfois ».
Supporter nécessairement de l'OL « il faut aller au bout de la démarche. On constitue une famille. Avec mes professeurs, c'était pareil, je savais que je pouvais compter sur eux à n'importe quel moment ». Quand on lui demande quel est son meilleur souvenir de travail avec le club olympien, il répond : «la plus grosse émotion, je l'ai ressentie en 1985, lorsque nous avons été champions de France scolaire devant l'équipe des Sports-Etudes d'Auxerre. Il y avait dans l'équipe Benstiti, Cavéglia...Cela avait fait sensation. Nous étions partis ensuite au championnat du monde scolaire en Finlande. Dommage que nous n'ayons pas su en tirer plus de profit... »
Pour conclure, Robert a toujours à l'esprit la notion d'équipe. « Tout cela a fonctionné, fonctionne, parce que l'OL est un club stable. Il y a eu pendant des années José Broissart, Alain Thiry. Il y a toujours Gérard Drevet. On ne réalise pas combien c'est important cette stabilité pour avancer. J'aurais voulu en faire de même à Lyon avec d'autres sports, d'autres clubs, mais les gens changeaient sans cesse... ».

Plus de 2 heures après le début de cette discussion, une dernière question s'imposait. Robert, c'est quoi un sportif de haut niveau ? « En dehors des qualités techniques et physiques qu'il faut avoir, cela demande une concentration extrême de tous les instants, une régularité et un acharnement. Tout ceci permet de se transcender. Contrairement à ce que pense la majorité des gens, on ne vient pas au monde avec le haut niveau dans le sang ; avec des dispositions, certainement. Après il faut se donner les moyens de l'atteindre et d'y rester. Cela passe d'abord par de la souffrance... Je crois sincèrement que l'on est pareil sur un terrain... et en dehors ».

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