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Bernard Lacombe: "Je prolonge ma carrière"

Publié le 16 septembre 2004 à 17:57:00
Bernard Lacombe: "Je prolonge ma carrière"

Bernard Lacombe: "Je prolonge ma carrière"

[IMG29935#L]Avec « Nanar », chaque jour est un jour de match! Pas besoin de ballon, de joueurs, de télé, de journalistes. Il parle football avec les mains, un stylo, un bout de papier, un geste du corps, une chaise, une table... et avec sa fabuleuse mémoire. Il se lève, se rassied, explique, se moque, s'enthousiasme, s'insurge...On partage forcément sa passion... il est tellement convaincant. Son langage des signes, plus fort qu'un mime Marceau, est un film sans fin dont on ne se lasse pas.

497 rencontres de championnat à son actif, sans parler de toutes les autres. Quelques fatigues bien compréhensibles dans le corps pour ce combattant qui a toujours su rendre ce qu'il recevait « de travers » ! Un statut, certainement éternel, de meilleur buteur français de tous les temps en Ligue 1 avec ce chiffre hallucinant de 255 buts marqués aux différents gardiens de but, ces « ennemis jurés » comme ils les appellent affectueusement. Et bien d'autres en sélections, en coupes... Un but amené de la main en finale gagnée avec Lyon d'une coupe de France contre Nantes... un but de la tête rapide comme l'éclair en coupe du monde 78... des buts dans toutes les positions... des doublés, triplés, quadruplés... des connivences de passeurs-buteurs avec Chiesa, Di Nallo, Giresse... des duels aux couteaux avec des stoppeurs plus grands, plus lourds que lui... Un passage sur le banc, certainement plus stressant... Son "véritable" jour de match, on va le lire est balisé de gestes, d'habitudes, de parcours... qu'il ne change jamais.

A 52 ans, Bernard Lacombe parle de son sport avec des expressions fleuries. Frédéric Dard du ballon rond, son dictionnaire renferme des perles. Qui ne connaît pas : ils ont avalé la trompette ! C'est quand même plus jolie que de dire : les joueurs étaient fatigu©s. Eternel enfant... si Dieu lui prête vie encore très longtemps, il le sera toujours dans 30 ou 40 ans. Lorsque l'équipe se déplace ou qu'elle reçoit, il est tellement connu qu'il n'en finit pas de parler, de serrer des mains, de refaire le passé, d'aborder le présent. Une façon pour vous de revoir un peu votre vie de passionné de football, parce que ce compagnon d'âge, on a vraiment l'impression qu'il ne vous a jamais quitté.

Bernard que fais-tu un jour de match ?

[IMG30500#R]« J'ai des habitudes. Prenons par exemple un match de Champions League à Gerland. J'arrive à 8h 45 au siège. Je gare ma voiture toujours au même endroit dans le coin à côté du grillage. Comme çà, on sait que je suis là. Je vais tout de suite à pied au stade ; je participe à la réunion UEFA. Je vais ensuite sur le terrain et je discute un 1/4 heure avec les jardiniers. A ce moment, je ressens déjà plein de choses. Ces odeurs de pelouse me rappellent ce que je sentais lorsque j'étais joueur. Je reviens ensuite au siège ; je vais voir du côté de centre de formation ; je discute avec les entraîneurs, voire un jeune joueur. Je parle de détails comme Fleury Di Nallo le faisait avec moi. Ensuite, je déjeune avec le président, Olivier et Marino. Puis l'après-midi se passe tranquillement avant que des copains, des amis ne viennent me voir au siège. Parfois, on me demande de faire une émission télé. Sinon je pars au stade 1h avant le match ».

Et alors ?

« Je vais aux vestiaires, mais pas pour voir les joueurs ; au contraire, je les évite dans le couloir pour qu'ils ne soient pas obligés de me dire bonjour. Je ne veux pas les déranger, parce que lorsque je jouais, je ne voulais pas être dérangé. Je reste avec le président, les dirigeants. J'attends que Greg et Abdel reviennent de l'échauffement ; on se dit 2 ou 3 mots. Puis je salue Paul et je monte l'escalier intérieur, une espèce de traboule. De cette façon je ne vois personne. Je me mets généralement dans le local de la sono pour voir le match. Pour la venue de Manchester, j'étais dans la tribune de presse avec Fleury, tu vis mieux le match. Là je suis la rencontre comme un joueur, un entraîneur, un responsable. Je vois des choses, je ressens des détails... et souvent au bout d'un quart d'heure, je suis capable de savoir ce qui va se passer. J'arrive aussi 3 fois sur 4 à prévoir ce qui va se passer avant le début de la rencontre ».

Et pour les matches à l'extérieur ?

« On part avec le président ; on va à l'hôtel des joueurs avant la causerie de Paul, puis on prend le bus des joueurs pour aller au stade. Je suis toujours à la même place : sur le côté gauche au deuxième rang derrière Jo Bats et Robert Duverne ; à mes côtés, il y a le Doc et juste derrière Sidney dont j'entends la musique qui sort de son casque... En tribune je suis assis près du président; on échange quelques propos.»

[IMG32585#L]Que représente pour toi ce jour de match ?

« Je prolonge ma carrière. J'imagine en permanence ce que font les mecs. Je suis avec eux sans être tout le temps à leurs côtés. Oui, je suis nostalgique. Quand tu as 20, 25, 30 ans, tu es sur le terrain et tu as la chance de vivre ta passion. C'est un rêve d'enfant que tu réalises. Après le match, je suis souvent énervé, mais tu n'as pas eu la possibilité de faire des efforts. Je descends aux vestiaires ; il m'arrive de dire un mot à certains joueurs. Une fois, je suis descendu aux vestiaires à la mi-temps ; c'était il y a 3 ans pour un OL 4 Bordeaux 2. En première mi-temps nous étions menés 2 à 1 et j'avais vu des choses difficiles à accepter. J'ai parlé à la pause à Luyindula et Vairelles... à la fin du match Peguy m'a embrassé... J'aimais bien parlé avec Peguy. Je lui disais souvent : Peguy, un buteur, ce n'est pas un rêveur, c'est un tueur. Et j'ajoutais souvent, tu dois voir avant de recevoir le ballon. C'est Pierre Pibarot, un de mes entraîneurs qui m'avait dit çà. Imagine quand la surface de réparation ressemble au métro à 18h, si tu ne te fais pas voir, le porteur du ballon ne peut pas te trouver... »

Bernard, est-ce que tu as un gris-gris ?

« Oui. Je l'ai toujours avec moi. Il est dans ma poche. Mais je n'en dirais pas plus ». Le connaissant, cela doit ressembler à quelque chose de précieux pour lui, qu'il serre, touche, pourquoi pas, embrasse afin que cela protége "les siens" sur le terrain et certainement aussi tout ceux qui lui sont chers en dehors.

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