Masculins / Un jour de match

Jean-Michel Aulas: "De plus en plus beaux..."

Publié le 13 septembre 2004 à 13:46:00
Jean-Michel Aulas: "De plus en plus beaux..."

Jean-Michel Aulas: "De plus en plus beaux..."

[IMG33547#L]Jean-Michel Aulas est président de l'Olympique Lyonnais depuis le mois de juin 1987. Il a vécu 777 jours de matches officiels dont 74 en Ligue 2. 358 victoires, 198 nuls et 221 défaites ; 3 titres de champion de France ; une Coupe de la Ligue ; 3 trophées des Champions ; un ¼ de finale de Ligue des Champions ; un ¼ de finale de Coupe UEFA ; une finale de coupe de la Ligue ; une coupe Intertoto... sont inscrits à son palmarès en attendant, il l'espère, d'autres trophées.

Président de club, mais aussi chef d'entreprise, il change sans cesse de costume, sans oublier celui de sa vie privée. C'était un dimanche en fin de matinée au lendemain du succès à Rennes. Après avoir longuement répondu, debout, aux sollicitations de la presse, nous nous sommes assis, tout aussi longuement, pour parler de ces journées si particulières qui depuis plusieurs saisons mettent en avant la réussite de son travail, la progression du club.

Alors Président racontez nous votre jour de match?

« Ce n'est déjà pas la même chose si c'est un match de championnat ou une rencontre européenne. Et si on joue à domicile ou à l'extérieur. Pour faire simple prenons les matches à domicile. En championnat, d'une façon générale, c'est un jour ou je ne travaille pas ; alors que les jours de Coupe d'Europe, je le fais. C'est complètement différent. Là, je me libère à partir du déjeuner que je prends avec Olivier Blanc et Marino Faccioli ; on parle de l'organisation ; c'est un peu le moment de l'union sacrée. En début d'après-midi je retourne à la CEGID ; je tiens absolument à le faire, puis vers 15h 30, je rentre chez moi. Je m'habille en Président de Club. Ces tenues club, j'y tiens. Pendant cette préparation, j'ai 2 ou 3 habitudes, toujours les mêmes, que je ne révélerais pas. Olivier vient me chercher en voiture et nous rejoignons l'hôtel des joueurs. Olivier m'a constitué un dossier complet sur le club adverse, nos résultats par rapport à ce club ou des clubs qui lui ressemblent ; j'ai aussi des informations détaillées sur l'arbitre.

[IMG31030#R]Vers 17h/17h 30, je retrouve pour un vingtaine de minutes Paul et son staff ; on discute. Pour un match à l'extérieur, je l'appelle pour lui demander si tout va bien. Il y a la causerie d'avant match. Paul me demande toujours d'introduire sa propre causerie. J'essaie d'être innovant, ce n'est pas toujours évident avec le nombre de matches par saison. Je tiens des propos d'ambiance et de motivation collective. Cela dure généralement 5 petites minutes. Je me demande parfois si c'est bien utile que j'intervienne. J'écoute ensuite les propos de Paul ; toujours à la même place : à droite de l'équipe et devant.
Je me rends au stade en bus avec les joueurs. Je suis toujours à la même place au deuxième rang à droit derrière Paul et Yves. En fonction du nombre de personnes, Patrick Perret ou Bernard Lacombe peuvent être à mes côtés ».

Une fois au stade, que faites vous ?

« Je vais directement aux vestiaires. Je reste dans les vestiaires ou en tribune ; je ne vais jamais sur la pelouse. Le terrain appartient aux joueurs. Moi, j'accueille le plus souvent l'équipe adverse. J'offre à boire aux dirigeants visiteurs. Je tiens à ce que nos visiteurs soient bien reçu. Pendant l'échauffement, je suis seul ou avec Bernard Lacombe dans les vestiaires; puis les joueurs reviennent; je dis parfois un mot et au moment où l'arbitre appelle les 2 équipes je monte rejoindre ma place en tribune. Là, je souhaite être entouré de « la famille » (membres comité de gestion, Bernard Lacombe...). A l'extérieur, il m'arrive, en fonction des places disponibles, de ne pas être assis «   ma place de président». Je tiens absolument à sentir ces gens à côté de moi. A la mi-temps, je descends aux vestiaires, où sauf catastrophe, je n'interviens pas. A la fin du match, je retourne aux vestiaires, je dis quelques mots aux joueurs, le plus souvent de félicitations ; puis je réponds à la presse, lorsqu'elle me sollicite. Ensuite, il y a le repas officiel ; on refait le match... Vers 1h/1h 30, je rentre chez moi ».

[IMG31730#L]Comment vivez-vous le match ?

« Je suis très tendu. J'intériorise tout ; je ne peux pas communiquer avec les autres. Je sais que je ne peux rien faire. Je suis pendant le match un supporter inconditionnel. Je demande après l'avis de Bernard Lacombe, de Paul Le Guen. J'ai l'humilité de reconnaître que je peux me tromper en direct, que je ne connais pas tout. Il m'arrive de revoir le match dans la nuit en rentrant chez moi. Là, je savoure surtout si on a gagné ; j'essaie de comprendre si on a perdu. Si pendant la rencontre les supporters sifflent, cela me fait mal ; avant je devenais agressif ; maintenant, j'ai envie de leur expliquer. Vous savez, j'ai entendu à Gerland des Aulas démission... cela marque ! »

Expliquez nous votre attitude avec la presse ces soirs de match ?

« Je pondère toujours mes propos si l'équipe a gagné ; à l'inverse, je la protège toujours si elle a perdu. En un mot, je suis en contrepoint des tendances. Il faut éviter les excès dans un sens comme dans l'autre ».

Vos jours de match sont-ils plus beaux depuis quelques saisons ?

« Bien évidemment. Je disais récemment que j'avais eu beaucoup de chance dans ma vie. Dans le football, c'est incroyable. Depuis 5 saisons, le nombre de matchs que l'on perd est faible. Les trophées que l'on gagne de plus en plus nombreux. C'est du bonheur. Il m'arrive de rêver la nuit à l'OL. Parfois, je fais encore des cauchemars lorsqu'il se passe un événement malheureux ; je pense par exemple à la blessure de Giovane Elber... »

Est-ce facile de passer sans cesse d'un monde à un autre ?

« Je répondrais que je m'évade en mélangeant mes 2 activités. Je fais une rupture totale. Dans la vie pour être efficace, il faut savoir faire le vide complet, même si l'OL devient une obsession. Le football, avec son évolution et l'évolution du club, est encore plus fort que la CEGID. Cela me dévore, me ronge, mais il a un côté terriblement exaltant. Il est un oxygène, un carburant. Je sais aussi que je n'ai jamais le droit de me tromper à la CEGID comme à l'OL Si je ne ressens pas les mêmes choses à la tête de la CEGID, je peux néanmoins vous dire que lorsque nous avons réalisé notre grosse acquisition cet été, j'ai éprouvé ce jour là un bonheur très proche de ceux que je vis dans le football ».

[IMG32300#R]Et puis la discussion a pris quelques libertés avec le sujet du jour. Nous voulions savoir ce que ressentait le président, lorsque les résultats étaient au rendez-vous après avoir essuyé des critiques, des interrogations de la part des journalistes, des supporters...

« Nous, on a un avantage :on sait où on va ! Il n'y a pas de sentiment de revanche ; juste la satisfaction de réussir dans ce que l'on entreprend depuis maintenant des années. Pour en revenir à ce qui s'est passé cet été, en fonction d'un certain nombres de paramètres, nous avions l'envie de garder une assise tout en renouvelant notre effectif. C'est indispensable pour continuer à avoir des performances. Nous avons travaillé avec l'accord de Paul. Il m'est arrivé par le passé de faire des choix sans toujours consulter les entraîneurs. Cela peut générer des problèmes. Regardez avec l'argent du transfert d'Edmilson, nous avons pu engager Abidal et Cris ; avec les départs de Luyindula et de Carrière, nous avons recruté Frau et Nilmar. Les arrivées de Diatta et de Wiltord, libres de tout engagement, sont deux énormes coups ; la signature de Benarfa, une victoire très forte. Il fallait générer des ressources avant de tout finaliser, même si la blessure d'Elber n'était pas prévue... Et Paul m'a dit qu'il avait eu ce qu'il souhaitait. C'est rare qu'un coach le reconnaisse! ». Et de conclure, malgré les ambitions -qu'il ne fallait pas cependant se griser-.

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