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Bats: "Je vis ma passion grâce à Greg..."

Publié le 08 septembre 2004 à 16:43:00
Bats: "Je vis ma passion grâce à Greg..."

Bats: "Je vis ma passion grâce à Greg..."

[IMG34870#L]Avec lui, c'est toujours la même chose. Vous décidez de faire un question-réponse, le genre de truc plutôt carré, en l'occurrence celui relatif à « jour de match », et vous voilà envahi par des bouffées d'émotions, de sentiments, de souvenirs. Ce bonhomme de 47 ans balaie sans le savoir le bel ordonnancement de vos idées. Son exigence du travail bien fait, ce refus de la médiocrité... il l'affiche avec sévérité. Mais il aime à reprendre cette phrase de Kipling « être fort sans cesser d'être tendre... et tu seras un homme mon fils». Comment résister ? Surtout qu'il ne se cache pas pour parler de ce partage extraordinaire entre les hommes appartenant à un même groupe, ou encore de Greg, ce joueur qui prolonge sa passion...
Le Montois aux 50 sélections, aux titres multiples, aux arrêts inoubliables accélère le débit, jette en vrac ses propos... peut-être par pudeur, par peur de montrer sa fragilité. On s'accroche à l'homme ; on est là avec lui à Lyon sur un parking; on est aussi ailleurs, à Séville, au Parc des Princes, à Auxerre, dans les Landes... on part dans les bois à la recherche de champignons, à l'écoute de sa poésie, du vent dans les arbres... d'une table conviviale... du bonheur qu'il dispense aux gamins... Nous sommes avec Joël Bats, l'entraîneur des gardiens de but de l'OL. C'est son jour de match.

Joël que fais-tu le jour de match ?

« Le plus important a été fait avant ; pendant la semaine. Le jour du match on a le souci du petit détail ; le terrain où on joue par exemple. L'adversaire, on le connaît. Avec Greg la veille, on a mis l'accent sur un ou deux points le concernant. Dans les vestiaires, je glisse un mot aux attaquants si j'ai repéré quelques faiblesses chez le gardien adverse -lui mettre la pression sur son jeu au pied... la façon de jouer un face à face... sa manière de sortir sur les ballons aériens...-. Je suis avec les joueurs, à domicile comme à l'extérieur. Le matin du match, on regarde le résumé de Rémi Garde, on visionne des cassettes. Après, c'est un travail psychologique. On connaît les gars. On parle à certains ; pas à d'autres... Je continue à faire passer le message de Paul. Puis arrive le moment de l'échauffement de Greg ».

[IMG32461#R]Décris-moi cet échauffement ?

« Déjà, Grégory ne sort presque jamais sur la pelouse en arrivant au stade. Moi, je vais sur la pelouse avec Nico, Robert ; je regarde l'état de la pelouse pour qu'il puisse choisir ses crampons. Greg commence son échauffement dans les vestiaires. Là je suis à l'écoute ; je le laisse tranquille. Après, on sort ¾ d'heure avant le début de la rencontre. Je laisse sortir Greg et Nico un peu avant moi. Depuis 4 saisons, nous faisons le même échauffement ; c'est un rituel. Lui, moi et Nico, on recherche la qualité absolue. Greg est exigeant ; comme moi, il ne supporte pas la médiocrité. Je dois être concentré pour l'aider, pour le mettre dans les meilleures conditions. Pendant qu'il récupère, je lui répète ce que je pense être important pour le match à venir : fais gaffe à untel, il a besoin que tu sois derrière lui ; soulage ta défense sur les ballons aériens... ». Et aussi un petit secret qui n'a rien à voir avec "mes gardiens": je parle à Juninho de sa façon de tirer les éventuels coups francs en fonction du gardien adverse... demande lui le résultat...".

Et sur le banc, comment es-tu ?

« Je vis le match comme un gardien de but derrière sa défense : je parle, j'encourage... j'encourage beaucoup. Il m'arrive parfois de dire 2 ou 3 mots au groupe juste avant d'entrer sur le terrain. Comme à Metz l'année dernière ; du style -chacun de vous détient une clef pour être champion-. Je suis aussi, selon les circonstances, chaud avec l'arbitre. J'ai toujours ce tempérament de gagneur et j'ai horreur de l'injustice, celle que je crois percevoir. Je me prends peut-être pour Zorro, Robin des Bois. Je dois faire attention à ce comportement... Paul n'aime pas trop ».

[IMG30550#L]Qu'est ce que tu retiens du match ?

« La performance collective ; la performance de Greg avec qui je fais de temps en temps un debriefing dans les vestiaires. Les gars, ils me peuvent me faire chialer de bonheur. Ce que véhicule une équipe me transporte toujours autant. Le soir, j'ai quand même moins de mal à m'endormir que lorsque j'étais joueur. Après le match, il y a toujours ces mêmes sentiments, certes modulés au niveau de leur importance en fonction du résultat: fierté, solidarité... c'est quasi instantané... cela est intense, mais ne dure pas".

Ce jour de match est-il important ?

« C'est la finalité de ta semaine de travail ; l'accomplissement. En plus, j'ai envie de dire que je suis exclusivement un homme de terrain. Cela fait maintenant 12 ans que je suis sur un banc. Je ne m'en lasse pas. Tu retrouves l'adrénaline qui te manque au quotidien. Moi, je suis assez Carpe Diem (vivre l'instant présent). A moins d'avoir les 6 numéros et le complémentaire au loto, il n'y a rien de mieux que d'être sur un banc. Je n'imagine pas ne plus y être un jour. Ce serait comme une amputation. La semaine, je vis mon métier à travers ce que je fais ; le jour du match, je vis ma passion grâce à Greg. Je ne t'explique pas quand il arrête, par exemple, un pénalty. Je suis comme un fou ».

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