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Jean-Jacques Amprino: "C'est un privilège..."

Publié le 02 septembre 2004 à 09:07:00
Jean-Jacques Amprino: "C'est un privilège..."

Jean-Jacques Amprino: "C'est un privilège..."

[IMG32039#L]Après "le jour du match" de Robert Duverne, le préparateur physique, c'est au tour de Jean-Jacques Amprino d'aborder le sujet. Jean-Jacques, lyonnais de 56 ans est le médecin du club.

Jean-Jacques que fais-tu avant l'arrivée au stade ?

« Déjà, cela dépend si l'on joue à l'extérieur ou à domicile. A Gerland, je rejoins le groupe une heure avant le repas de midi pour voir si depuis le petit déjeuner, il n'y a pas eu de soucis particuliers. Ensuite, on déjeune ensemble, puis repos et collation. A chaque match, les horaires de repas sont définis avec Paul Le Guen en respectant la règle du dernier repas 3h à 3h 30 avant le début du match. En ce qui concerne le petit déjeuner, il peut-être facultatif quand on joue à 17h 15. A l'extérieur, je participe complètement à la mise au vert. Le premier contact, je l'établis la veille au soir. Des joueurs peuvent souhaiter des soins, des massages. Je m'informe. Je suis donc là disponible 24h sur 24. Je suis là pour régler essentiellement les problèmes médicaux quotidiens tels un mal de tête, d'estomac...Je vérifie aussi le Sac 33 dans lequel j'ai tout le matériel et les médicaments nécessaires pour intervenir avant et pendant la rencontre ».

Quand tu arrives au stade, quel est ton rôle ?

[IMG35207#R]« Je prépare les boissons d'attente que les joueurs prennent une ½ heure avant l'échauffement ; des boissons à base de fructose et de sels minéraux pour éviter les fringales. Pendant que les joueurs sont au vestiaire, je suis en même temps visible et discret ; disponible pour une dernière mise au point avant l'échauffement. Pendant celui-ci, je surveille essentiellement les joueurs qui reviennent de blessures. J'observe. Je suis vigilant et disponible. Pendant le match, je le regarde avec un oeil différent, notamment les actions où il y a des chocs susceptibles d'entraîner une blessure. Il est important de savoir comment cela s'est passé. On sait alors pourquoi on entre sur la pelouse. Quand tu interviens, il faut le faire de façon rapide et précise par rapport à notre métier et à l'arbitre qui nous presse. Soit, ce n'est pas grave, soit c'est plus sérieux. Notre rôle consiste à faire un bon diagnostic médical et de prévenir le coach. Je suis aidé par les kinés. S'il y a un gros problème comme avec Giovane Elber à Metz, moi je ne peux pas quitter le terrain. C'est le Kiné Abdel qui a accompagné Giovane à l'hôpital ».

Que fais-tu à la fin du match ?

« On fait le bilan des bobos ou autres problèmes plus sérieux. Je dois, aussi, tous les déclarer au délégué, y compris la moindre blessure, qui les note sur la feuille de match. On donne des boissons dites de récupération aux joueurs pour la réhydratation et l'élimination des toxines afin de faciliter la reconstitution musculaire. Après les joueurs savent ce qu'ils ont à faire. Il n'y a pas de contraintes ».

[IMG30699#L]Existe-t-il d'autres éléments pour récupérer ?

« Oui. Les bas de récupération par exemple. C'est un principe simple qui a pour but de comprimer de façon physiologique les muscles du mollet et faire remonter plus facilement le sang au coeur. Les jambes sont ainsi moins lourdes. Tout le monde les a adoptés grâce au bouche à oreille. Les joueurs les mettent aussi pour les longs voyages en avion. Pour les joueurs qui sont amenés à voyager très souvent en raison de leurs obligations internationales, ils partent avec quelques médicaments pour s'adapter au décalage horaire. En ce qui concerne les joueurs africains, on est vigilant au sujet du paludisme. Quand ils reviennent, on les laisse un peu au repos. Là aussi, ils ont une série de produits de récupération (vitamines, acides aminés, et surveiller l'alimentation) ».

Quelle est l'alimentation le jour de match ?

« J'élabore un menu traditionnel avec des sucres lents (riz, pâtes, pommes de terre), des protéines (viande blanche, poisson), des légumes et des fruits. Il faut faire des repas équilibrés et les adaptés au goût des joueurs, tout en offrant de la qualité. Je discute donc avec le cuisinier de l'hôtel, sachant qu'en Ligue des Champions, nous partons avec notre porpre cuisinier. Les joueurs, on sait ce qu'ils aiment et n'aiment pas. Le foie, par exemple, ce n'est pas la peine d'en proposer. En général, ces repas sont très conviviaux, mais on ne traîne pas à table. De temps en temps, on fait un rappel sur la diététique. Le médecin est aussi un confident. On connaît les joueurs ; on a leur profil métabolique et leur suivi sanguin (3 à 4 prises de sang par an). »

Comment vis-tu le match ?

« Je suis Lyonnais de naissance. Je vis le match avec passion, tout en restant le plus serein possible. Je suis impliqué dans tout ce qui se passe ; on partage forcément les émotions; les joies comme les peines. On doit être un élément modérateur. Ces moments là, cette ambiance font de nous des témoins privilégiés. Et puis le match est le résultat de tout ce qui s'est passé en amont ».

[IMG32423#L]Quelle la première chose que tu fais en arrivant au stade et en arrivant à l'entraînement ?

« Je dis bonjour à tous les habitués des vestiaires et je vais sur la pelouse. Le côté préparatif du match a quelque chose d'exaltant. Je discute aussi avec les membres des équipes adverses que je connais. Au quotidien, j'arrive une ½ heure avant les joueurs. Je vois d'une façon ou d'une autre tous les joueurs ; je prends le pouls (bobos, soucis...). 10 minutes avant le début de l'entraînement, je discute avec le coach pour voir si éventuellement, il doit changer quelque chose à ce qu'il avait prévu de faire ».

Quelles conclusions veux-tu formuler ?

« J'ai la chance de concilier la médecine et l'aventure sportive. Je suis passionné de football, de l'Olympique Lyonnais et des joueurs. Ce travail de coulisses est captivant. On connaît le groupe sous un angle intime. Là aussi, c'est un privilège. Et puis je suis bien aidé par toute l'équipe médicale du club et nos amis de l'extérieur comme les radiologues par exemple. La plus grande difficultéc d'un diagnostic, c'est de savoir quand le joueur va être opérationnel à 100%. Il faut concilier le timing thérapeutique et les contraintes sportives. Ce n'est pas toujours évident. La guérison clinique ne s'adapte pas systématiquement à celle d'un sportif de haut niveau. La différence peut se faire à 2 ou 3 jours prés. Il faut donc dialoguer en permanence avec toutes les parties concernées ».

Enfin peux-tu donner une définition de ta fonction ?

« Ma fonction ressemble à celle d'un mécanicien de formule Un. Cette définition d'un confrère me va très bien ».

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